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Protée-U veut développer la connaissance scientifique sur le processus de différenciation qui est en cours dans l’ESR, dans un contexte global qui se voudrait unificateur, pour permettre aux acteurs concernés par les processus de changement d'y faire face et d'y intervenir.

Protée-U a également vocation à apporter un soutien par la recherche aux processus de restructuration universitaire, non seulement en France mais aussi en Europe. Il s'agit d'apporter par la recherche une aide à la résolution des difficultés pour aider à affronter les risques rencontrés par les acteurs de la conduite de ces changements complexes, en les aidant à comprendre et analyser les processus de concentration universitaire, et en alimentant ainsi les réflexions des communautés universitaires concernées.

 Les établissements d’ESR en Europe sont confrontés à des pressions externes de changement très fortes depuis les années 70, qui les ont placés sur des trajectoires de transformation institutionnelle rapide. Ces pressions externes sont directement induites par les transformations sociétales, comme par exemple la massification de l’accès à l’enseignement supérieur, la démultiplication des capacités de communication à distance ou bien encore la transformation des environnements de ces établissements, mais elles relèvent également de la mise en œuvre des politiques publiques, par le biais de réformes ou de nouveaux mécanismes d'allocation de ressources. En a notamment découlé une profonde évolution du modèle économique des établissements et l'enclenchement de processus de concentration au sein même des établissements d’ESR ou entre établissements d’ESR sur des sites géographiques donnés (fusions ou autre processus de regroupement). Ainsi par exemple en France, 4 fusions d’universités ont été opérées depuis 2009, six s’annoncent sous 2 ans et au moins une vingtaine de sites universitaires sont engagés dans des chantiers de regroupement sous la forme de « communautés d’universités ». Cette dynamique d’enchaînement des processus de concentration universitaires n’est pas une particularité française : on l’observe également dans de nombreux autres pays européens, comme le Danemark, l’Estonie ou bien encore la Finlande. 

Parce qu’elles répondent pour la plupart à une intention de rationalisation, ces pressions externes produisent une certaine convergence autour d’un "modèle institutionnel de référence" fondé sur le triptyque autonomie, complétude disciplinaire, et capacité de pilotage (stratégique).

Pourtant dans les faits, en dépit de cette relative convergence de visée des politiques publiques, la transformation du paysage de l'ESR relève tout autant d’un processus de différenciation que d'un processus de convergence. Cette différenciation s'exprime par des niveaux d'appropriation et des instanciations vis à vis du "modèle de référence " évoqué précédemment qui vont varier d'un pays à l'autre et d’un établissement à l’autre. C'est d'ailleurs le corollaire logique de l'autonomie! Elle peut s’exprimer aussi au sein d'un même établissement, par des niveaux d’appropriation différents du modèle d'organisation adopté par ce dernier, d'une composante à l'autre.

La différenciation s’opère notamment par les choix faits par les établissements dans les deux registres suivants:

Ce processus de différenciation vient renforcer la diversité des profils d'établissements et des modes de fonctionnement, ainsi que celle des trajectoires de changement suivies. Il vient également accentuer la difficulté, pour les acteurs en responsabilité de management, du pilotage de ces évolutions en introduisant un niveau supplémentaire dans la complexité déjà inhérente à ces institutions.

Les universités (françaises en particulier) se caractérisaient par un faible couplage entre des composantes (anciennes facultés) très isolées les unes des autres et  une relative faiblesse du pouvoir de direction avec une ligne exécutive globalement pauvre en compétence et à faible leadership (Weick; Minzberg). Le renforcement de l'appareillage de gouvernance des universités vient percuter cette autonomie des professionnels. Selon les contextes locaux, cette confrontation peut amener des choix d'organisation différents et donc participer à la mise en action de la différenciation. On peut voir ainsi des composantes, au sein d'un même établissement issu d'une fusion, filtrer très différemment les dispositifs de changement et d'innovation qu'on voudrait leur imposer, selon les positions de négociation qu'elles occupent au sein du système et qui dépendent par exemple de leur poids scientifique ou des ressources propres qu'elles génèrent.

Ces évolutions rapides, et les tensions et déséquilibres qu'elles induisent au sein des établissements d'ESR, peuvent rendre visibles des fonctionnements invisibles en « régime ordinaire ». En quelques sortes, les squelettes des établissements et leurs fonctionnements informels peuvent se trouver mis à nu lorsqu'ils sont mis à l'épreuve. Ces processus de concentration universitaire peuvent ainsi fournir des terrains particulièrement favorables pour l'étude du fonctionnement des organisations, au-delà de l'étude des processus de changement eux-mêmes.

 

Détails: | Mis à jour : 31 mars 2015