L’éducation de Montaigne : de la formation à la maison au collège de Guyenne

Michel de MONTAIGNE (1533-1592)

Description

Montaigne expose ici ses vues sur l’éducation des enfants. Il condamne l’éducation collective des collèges au profit du préceptorat. Le maître d’école doit être plutôt un sage qu’un savant, et doit avant tout contribuer à la formation du jugement de son élève, lui apprendre à réfléchir , à développer son intelligence et sa personnalité.

Notice bibliographique

Les Essais, Livre I, chapitre XXVI.

Portrait présumé de Montaigne par un auteur anonyme (anciennement attribué à Dumonstier (1574–1646)), repris par Thomas de Leu pour orner l’édition des Essais de 1608. Ce portrait, dit de Chantilly car acquis par le duc d’Aumale en 1882, est aujourd’hui au musée Condé. (consulté le 14 novembre 2011)

Extrait

Les Essais, Livre I, chapitre XXVI.

« Feu mon père ayant fait toutes les recherches qu’homme peut faire, parmi les gens savants et d’entendement, d’une forme d’institution exquise, fut avisé de cet inconvénient qui était en usage; et lui disait-on que cette longueur que nous mettions à apprendre les langues, qui ne lur coûtaient rien, est la seule cause pour quoi nous ne pouvions arriver à la grandeur d’âme et de connaissance des anciens Grecs et Romains. Je ne crois pas que c’en soit la seule cause. Tant y a que l’expédient que mon père y trouva, ce fut que, en nourrice et avant le premier dénouement de ma langue, il me donna en charge à un Allemand, qui depuis est mort fameux médecin en France, du tout ignorant de notre langue, et très bien versé en la latine. Cettui-ci, qu’il avait fait venir exprès, et qui était bien chèrement gagé, m’avait continuellement entre les bras. Il en eut aussi avec lui deux autres moindres en savoir, pour me suivre et soulager le premier : ceux-ci ne m’entretenaient d’autre langue que latine. […] Quant à moi, j’avais plus de six ans avant que j’entendisse non plus de français ou de périgourdin, que d’arabesque; et, sans art, sans livre, sans grammaire ou précepte, sans fouet et sans larmes, j’avais appris du latin, tout aussi pur que mon maître d’école le savait : car je ne le pouvais avoir mêlé ni altéré. […] De tout cela il n’est pas merveille s’il ne sut rien tirer qui vaille. Secondement, comme ceux que presse un furieux désir de guérison se laissent aller à toute sorte de conseil, le bon homme, ayant extrême peur de faillir en chose qu’il avait tant à coeur, se laissa enfin emporter à l’opinion commune, n’ayant plus autour de lui cux qui lui avaient donné ces premières institutions, qu’il avait apportées d’Italie, et m’envoya, environ mes six ans, au collège de Guyenne, très florissant pour lors, et le meilleur de France.Et là, il n’est possible de rien ajouter au soin qu’il eut et à me choisir des précepteurs de chambre suffisants, et à toutes les autres circonstances de ma nourriture, en laquelle il réserva plusieurs façons particulières contre l’usage des collèges. Mais tant y a que c’était toujours collège. Mon latin s’abâtardit incontinent, duquel, depuis, par désaccoutumance j’ai perdu tout usage. Et ne me servit cette mienne nouvelle institution, que de me faire enjamber d’arrivée aux premières classes : car, à treize ans que je sortis du collège, j’avais achevé mon cours (qu’ils appellent), et à la vérité sans aucun fruit que je pusse à présent mettre en compte. »

Conférence du 15 juin 2002 à Gauriac

Âgé d’une vingtaine d’année, Jean Romain connaît là, sa première expérience professionnelle; mais il ne sort pas de l’Ecole Normale, et n’a aucune formation. Contrairement à Yves Castex, il a reçu une lettre très personnalisée de l’Inspection Académique, lui expliquant bien que ce poste est difficile, que les habitants de l’île sont « des êtres frustres » et qu’il a été choisi parce qu’il pratiquait le judo. Aussi est-il inquiet dans l’autobus de la Compagnie Hébrard qui l’amène à Blaye, où l’attend son bateau, et encore plus inquiet quand il grimpe dans la petite embarcation  » bien frêle pour affronter ce flot immense.  » Ce sont ses débuts dans la marine… Devant la majesté du fleuve et les rives marécageuses bordées d’une végétation luxuriante, il a l’impression de naviguer sur le Mississipi.

Le  » marin « , ici s’appelle Bruno et ses compagnons de voyage parlent à peine le français. La vie sur l’île va être pleine d’aventures. Les premiers jours, des jeunes hommes essaient de lui faire peur en tirant des coups de feu sous ses fenêtres ou en entrant chez lui. Un  » chez-lui  » très sommaire et qui ne ferme pas à clé ! Il affronte la tempête et les sables mouvants. L’inspecteur lui fera une visite agrémentée d’une chasse au canard… Les enfants parlent un mauvais français et la population habite dans des logements insalubres, sans confort ni hygiène.
Mais peu à peu, il  » apprivoise  » les îliens, joue aux cartes et va à la chasse avec eux?. La vie, dans sa classe, avec les enfants, le passionne. Toute cette année va le marquer profondément.  » Plus de quarante ans se sont écoulés depuis ces évènements, écrit-il, et pourtant, au fond de ma mémoire, ils sont demeurés intacts, tellement présents et vivants que je n’ai aucune peine aujourd’hui à les faire resurgir. Chacun rêve de son île vierge. C’est une quête qui peut durer très longtemps et qui n’aboutit pas toujours. J’ai eu, quant à moi, la chance de la trouver dès mes 21 ans.
Il y avait un personnage très important sur les îles, c’était le marin. Chaque château avait son marin. L’instituteur aussi avait son marin, c’était celui de Calmeil,  » Lolo « . Il connaissait parfaitement son travail, et la traversée avec lui était rassurante. Ce n’était pas toujours facile de traverser, surtout par temps de brouillard. A cette époque, il y avait beaucoup de trafic sur la rivière, de gros paquebots, des cargos remontaient vers Bordeaux ou redescendaient vers la mer. C’est Yves qui souvent faisait sonner la cloche. C’était moins drôle quand c’était le marin de Sourget. C’était un jeune homme qui n’était pas marin de métier. Il ne savait pas se servir d’une boussole, il ne se servait que de sa montre. C’est à dire qu’il savait qu’il fallait vingt minutes pour traverser. Si on dépassait les vingt minutes, c’est qu’on s’était perdu !

Odile Madrias, à partir de notes prises lors de la conférence donnée le 15 juin 2002 à Gauriac par MM. Romain et Castex