L‘école dans mon village béarnais d’Aydie

Ecrivain

Joseph Peyré est né à Aydie (Vic-Bilh), ses parents y étaient instituteurs ainsi que son grand-père. Etudiant à Paris, puis à Bordeaux où il fait des études de droit et de philosophie, il devient avocat à Pau, puis, après avoir occupé un poste de secrétaire général à la Préfecture de Limoges, il se dirige vers le journalisme.
Il a consacré plusieurs livres à son Béarn natal : Le Puits et la Maison, De mon Béarn à la mer basque. Il a également écrit quelques romans pour la jeunesse parus dans la collection Bibliothèque Verte : Cheval Piaffant et Inagoa.

Description

Nous avons ici des extraits de l’une de ses oeuvres Souvenirs d’un enfant. Livre publié en 1958 où il relate ses souvenirs à Aydie.

Notice bibliographique

Auteur(s) : Peyré, Joseph[av_one_full first min_height='' vertical_alignment='' space... (1892-1968)
Titre(s) : Souvenirs d’un enfant [Texte imprimé] / par Joseph Peyré…
Publication : [Paris] : B. Grasset, 1958
Impression : Montrouge : Impr. moderne
Description matérielle : 1 vol. (246 p.) ; 19 cm
Collection : Les Cahiers verts ; 6e série, 45

BNF – Notice n° : FRBNF32524391

Extrait

p. 9 Incipit :
« L’Ecole.
Ce mot morose, lorsque je le prononce, se transfigure, et prend pour moi une merveilleuse chaleur. De même, la bâtisse de mon village béarnais d’Aydie a beau offrir les traits ingrats de toutes les vieilles écoles de campagne, corps d’habitation flanquée de ses deux classes, fenêtres encadrées de brique, toit d’ardoises au pays de la tuile, elle garde pour moi un visage personnel, d’une tendresse dont je ressens encore l’effusion. »

p.18
« …Nous envahissions la salle de classe, décorées de plinthes au plafond de cartes, de tableaux, de devises édifiantes, telle celle-ci : « L’eau-de-vie devrait s’appeler l’eau-de-mort. » »

p.19
« Si la leçon de choses portait sur les mines, j’admirais que la bibliothèque de classe recelât, à côté du Tambour de Wattignies ou des Grandes Figures de la Révolution, un morceau de charbon extrait d’un puits de notre village. »

p.29
« Tous les écoliers de France étaient élevés dans le même deuil [… je] ne pouvais lire La Dernière Classe du maître alsacien, […] sans être prêt de sangloter. Qu’il fallût un jour libérer l’Alsace-Lorraine, cette exigence s’imposait à nous comme la lumière du soleil et, à la mobilisation de 1914, les anciens écoliers venus embrasser nos parents devaient leur dire : « Nous y allons. » »

p.137
« …L’oncle Joseph avait langui au Cours normal de Lescar au point de décourager la famille, et, renonçant à la carrière d’instituteur, il était rentré au bercail. »
p.212-213
« C’était une manière de Jour de l’An de géorgiques. Vêtus de neuf, les garçons et les filles allaient retrouver le chemin de l’école. L’évènement rituel, en cette veille d’armes, était chez nous l’arrivée de la caisse de fournitures scolaires. Transportée depuis la gare la moins lointaine – treize kilomètres – par un char attelé d’une paire de bœufs, elle portait l’étiquette de la maison spécialisée Thorinaud. Mon père avait mûri à loisir sa commande. […]
J’étais d’ailleurs admis à participer au déballage, car je savais extraire des paillons les cahiers de devoirs journaliers et les cahiers de roulement sans en écorner un seul. Davantage, le soin m’était laissé de dégager la pièce maîtresse, le calendrier appelé à siéger sur le bureau de mon père, et qui avait un profil de tente du désert. Dans une odeur scolaire de papier frais, de reliure, d’encre d’imprimerie, j’empilais les histoires, les géographies, les livres de lectures, et je soufflais dessus pour les débarrasser des brins de paille.
J’étais aussi chargé de classer les crayons, les porte-plume de couleur, les boîtes de craie ou de plume  la « Résistante » – il ne fallait surtout pas parler à mon père d’une autre marque, ni surtout  de la « Sergent- major », trop acérée à son goût. Déjà je m’apprêtais à aiguiser au canif mon crayon personnel, le taille-crayon étant chez nous proscrit comme artifice de paresseux. »

p.215
« Nulle pièce plus tentante pour moi que la salle de classe. J’en retrouve l’odeur comme si je venais de pousser la porte d’entrée, et de gagner mon banc. Sous les tableaux noirs couverts de belles écritures à la craie, les cartes géographiques, les tableaux instructifs et les maximes édifiantes, le poêle s’allumait à la saison des chrysanthèmes, dont le parfum entrait au vent du cimetière. Pendant les récréations, nous mettions à rôtir sur la plaque les grains de maïs éclatés. Les travaux scolaires commençaient à suivre leur cours, parallèles à celui des travaux des vignes et des champs. »

autre possibilité de présentation…

p. 9 Incipit

« L’Ecole.
Ce mot morose, lorsque je le prononce, se transfigure, et prend pour moi une merveilleuse chaleur. De même, la bâtisse de mon village béarnais d’Aydie a beau offrir les traits ingrats de toutes les vieilles écoles de campagne, corps d’habitation flanquée de ses deux classes, fenêtres encadrées de brique, toit d’ardoises au pays de la tuile, elle garde pour moi un visage personnel, d’une tendresse dont je ressens encore l’effusion. »

p.18

« …Nous envahissions la salle de classe, décorées de plinthes au plafond de cartes, de tableaux, de devises édifiantes, telle celle-ci : « L’eau-de-vie devrait s’appeler l’eau-de-mort. »

p.19

« Si la leçon de choses portait sur les mines, j’admirais que la bibliothèque de classe recelât, à côté du Tambour de Wattignies ou des Grandes Figures de la Révolution, un morceau de charbon extrait d’un puits de notre village. »

p.29

« Tous les écoliers de France étaient élevés dans le même deuil [… je] ne pouvais lire La Dernière Classe du maître alsacien, […] sans être prêt de sangloter. Qu’il fallût un jour libérer l’Alsace-Lorraine, cette exigence s’imposait à nous comme la lumière du soleil et, à la mobilisation de 1914, les anciens écoliers venus embrasser nos parents devaient leur dire : « Nous y allons. » 

p.137

« …L’oncle Joseph avait langui au Cours normal de Lescar au point de décourager la famille, et, renonçant à la carrière d’instituteur, il était rentré au bercail. »

p.212-213

« C’était une manière de Jour de l’An de géorgiques. Vêtus de neuf, les garçons et les filles allaient retrouver le chemin de l’école. L’évènement rituel, en cette veille d’armes, était chez nous l’arrivée de la caisse de fournitures scolaires. Transportée depuis la gare la moins lointaine – treize kilomètres – par un char attelé d’une paire de bœufs, elle portait l’étiquette de la maison spécialisée Thorinaud. Mon père avait mûri à loisir sa commande. […]
J’étais d’ailleurs admis à participer au déballage, car je savais extraire des paillons les cahiers de devoirs journaliers et les cahiers de roulement sans en écorner un seul. Davantage, le soin m’était laissé de dégager la pièce maîtresse, le calendrier appelé à siéger sur le bureau de mon père, et qui avait un profil de tente du désert. Dans une odeur scolaire de papier frais, de reliure, d’encre d’imprimerie, j’empilais les histoires, les géographies, les livres de lectures, et je soufflais dessus pour les débarrasser des brins de paille.
J’étais aussi chargé de classer les crayons, les porte-plume de couleur, les boîtes de craie ou de plume  la « Résistante » – il ne fallait surtout pas parler à mon père d’une autre marque, ni surtout  de la « Sergent- major », trop acérée à son goût. Déjà je m’apprêtais à aiguiser au canif mon crayon personnel, le taille-crayon étant chez nous proscrit comme artifice de paresseux. »

p.215

« Nulle pièce plus tentante pour moi que la salle de classe. J’en retrouve l’odeur comme si je venais de pousser la porte d’entrée, et de gagner mon banc. Sous les tableaux noirs couverts de belles écritures à la craie, les cartes géographiques, les tableaux instructifs et les maximes édifiantes, le poêle s’allumait à la saison des chrysanthèmes, dont le parfum entrait au vent du cimetière. Pendant les récréations, nous mettions à rôtir sur la plaque les grains de maïs éclatés. Les travaux scolaires commençaient à suivre leur cours, parallèles à celui des travaux des vignes et des champs. »