Louis Auzoux

1797 – 1880

Louis Thomas Jérôme Auzoux, né en 1797 à Saint Aubin d’Ecrosville en Normandie, éprouva de grandes difficultés dans l’apprentissage de l’anatomie comme tous ses camarades étudiants en médecine : les cadavres étaient difficiles à trouver et se décomposaient rapidement. Il envisagea alors une élégante solution inspirée des marionnettes des spectacles de rue parisiens : élaborer des écorchés de carton-pâte. Très tôt, il orienta ses recherches vers la réalisation de modèles d’anatomie démontables. Après des études de médecine à Paris, il intègre en 1818 un service de chirurgie. Perfectionniste obsessionnel, il crée les premières maquettes de faisceaux musculaires sous forme de cordons et de feuilles de papier. Et en 1822, année même de son diplôme, à sa soutenance de thèse en 1822, il put présenter son premier écorché complet à l’enthousiaste Académie Royale de médecine. Il les produisit dans son village natal dès 1824. Dès 1825 donc débute la fabrication artisanale de maquette du corps humain entier, qui s’industrialise rapidement. A cette activité s’ajoute la publication d’ouvrages s’y rapportant. Des milliers de ces modèles furent ensuite vendus dans le monde entier, à son décès, le 6 mars 1880, Louis Auzoux laissa une étonnante collection d’anatomie clastique ; sa fabrique fonctionnera jusqu’au début des années 2000.

Contexte

Introduites en France en 1880 par Jules Ferry, les leçons de choses avaient pour objectif de faire acquérir à l’enfant une idée abstraite à partir d’un objet de son quotidien. Cet apprentissage des sciences et techniques reposait sur un cours magistral dont le principal support était les planches de Deyrolle. Entre 1866 et 1945, plus de 1500 planches sont créées sur des thématiques aussi variées que la botanique, l’anatomie humaine, l’agriculture ou l’instruction civique… Toutes les écoles républicaines possèdent alors leurs planches. L’enseignement fait à cette période-là porte une grande importance aux sciences. L’enseignement des sciences commence réellement après 1880, grâce aux conditions matérielles qui sont améliorées, de même que les méthodes pédagogiques mises en place. C’est donc dans ce contexte là que les objets Auzoux vont connaître un développement.

Clastique, néologisme inventé par Auzoux au début des années 1820 pour définir d’une manière originale, nouvelle et unique ses modèles d’anatomie artificielle, signifie « modèle d’anatomie composé de pièces solides qui peuvent aisément se monter et démonter ».  En 1822, alors que Louis Auzoux vient tout juste de soutenir sa thèse de médecine à l’Université de Paris (une « Dissertation sur la vipère« ), il présente à l’Académie Royale un modèle anatomique réalisé à base d’une pâte de papier mâché. Encouragé dans ses recherches innovantes sur l’anatomie artificielle par l’Académie et la Société Médicale d’Emulation, Auzoux présente en 1825 un premier écorché complet réalisé à partir des mêmes matériaux. C’est un véritable et unanime succès dans le monde médical, dans la presse spécialisée et auprès des gouvernements français et étrangers qui mesurent rapidement l’intérêt pédagogique, économique et humain de ces anatomies artificielles pour la formation des étudiants en médecine.

 

Techniques de travail

Moins onéreuse, la technique de la fabrication en série était d’usage.
D’abord, une ouvrière – la «cartonneuse» plaçait successivement dans des moules de plâtre plusieurs couches de papier coloré enduit de colle. Ensuite, des ouvriers fabriquaient chacune des deux faces du volume dans un moule distinct. Le démoulage se faisait avant séchage complet.
Les pièces plus importantes étaient confectionnées différemment. Plusieurs hommes devaient s’employer à déplacer ces moules métalliques très lourd. L’étape suivante était du ressort de l’ajusteur. L’ensemble était ensuite bobiné à l’aide de filasse encollée. La peinture était tiédie à la bougie sur une palette pour être appliqué.
La dernière étape consistait à numéroter et à légender soigneusement les éléments de la pièce.

Jean-François Ameline fut professeur d’anatomie à l’Ecole d’anatomie de Caen à partir de 1806. N’ayant aucune collection anatomique, il dut en créer une lui-même. Ses productions lui valurent une grande réputation.

Julien, Marc Antoine, Bailly de  Merlieux, Charles-François. Mémorial encyclopédique et progressif des connaissances humaines [en ligne]. Tome 6. Paris : M. F. Malpeyre,1836. Voir en ligne

La maison Tramond s’est également spécialisé dans les modèles anatomiques, depuis sa création au milieu du XIXe siècle. Après s’être distinguée lors de quelques expositions universelles, l’entreprise se fait finalement racheter par les établissements du Docteur Auzoux.

Le Minor, Jean-Marie, Puygrenier, J. « La collection de cires anatomiques de l’École du Service de Santé des Armées de Lyon ». Histoires des sciences médicales [en ligne]. 1989, N°23, pp. 131-138. Voir en ligne

Bibliographie

Chanal, Nicolas, Philippe, Jean. L’anatomie clastique de Louis Auzoux, une entreprise au XIXe siècle [en ligne]. Thèse de doctorat vétérinaire. Créteil : Faculté de médecine, 2014, 148 p. Disponible sur : http://theses.vet-alfort.fr/telecharger.php?id=1742.

Ruiz, Guillaume, Charles. Les modèles en papier mâché du docteur Auzoux au Musée de l’École Nationale Vétérinaire d’Alfort [en ligne]. Thèse de doctorat vétérinaire. Créteil : Faculté de médecine, 2010, 100 p. Disponible sur : http://theses.vet-alfort.fr/telecharger.php?id=1211.

Autre ressource, Corps de papier, livre écrit par Christophe Degueurce, professeur d’anatomie et conservateur du musée Fragonard. Edité en 2012 aux éditions de la Martinière.