MSHA

Maison des Sciences de l'Homme d'Aquitaine



Modèles et transferts dans la mondialisation des Afriques



coordonné par Dominique Darbon

Mots-clés : Afrique, transferts, modèle

Ce projet prend la suite de l'Axe "Dynamiques locales de la mondialisation" qui a été financé à titre expérimental pendant un an sur les fonds propres de la MSHA, cet axe ayant été considéré comme prioritaire dans la redéfinition de la politique scientifique de la MSHA demandée par les instances de tutelle en janvier 2002.

Le nouveau projet s'articule autour des liens qui associent modèles, normes et mondialisation. Le terme mondialisation est ici pris comme la traduction en français du terme "globalization" qui suppose une différence fondamentale avec l'internationalisation ou la multinationalisation. En partant de l'analyse pionnière de T. Levitt (The globalization of Markets, Harvard, 1993) associée aux analyses de A. Giddens, on prendra la globalization/mondialisation comme un phénomène fondée sur une tendance à l'homogénéisation des demandes, des offres, des croyances et des représentations véhiculée ou amplifiée par la mise à disposition de moyens de communication des biens, des hommes et des idées généralisant les données et favorisant la constitution de réseaux fonctionnant en temps réels. Il se recentre donc sur l'un des cinq sous-axes qui s'est avéré pouvoir intéresser les différentes disciplines représentées et les pousser à interroger à partir d'objets et de méthodologies différentes les mêmes notions. En se focalisant sur les ces deux objets théoriques "modèles" et "normes", le projet s'inscrit résolument dans une interprétation comparative et intégrative de la mondialisation des Afriques :

- d'une part, l'idée de modèle suppose à la fois une production identifiée et des phénomènes de diffusion, de valorisation différenciée et de mise en concurrence. Qui dit modèle implique l'existence de flux d'échanges significatifs et de capacités variables d'érection de constructions théoriques ou pratiques en référents communs ;

- d'autre part, le modèle ou la norme outre ses aspects de mise en forme des comportements ou des produits autour d'un ensemble de qualités strictement déterminées ou de standards fait aussi référence à des pratiques d'homogénéisation des systèmes sociaux et politiques telles qu'elles existent au nord et notamment en Europe et qu'elles s'expriment à travers l'expression "norme communautaire".

La mondialisation est souvent associée à la diffusion, à l'imposition ou à l'importation de modèles et de normes, voir d'un modèle dominant. Cette analyse en terme de transferts de modèles traversent toutes les activités sociales et politiques au point qu'on pourra aussi bien parler de modèles alimentaires ou hygiéniques, qu'institutionnels et normatifs, que comportementaux ou professionnels. La mondialisation pourrait alors s'interpréter à travers la capacité de certains modes d'organisation sociale à s'imposer comme modèle imposés et/ou désirés dans tous les secteurs de l'activité humaine. Il s'agira de travailler autour du thème "des modèles de la mondialisation et de la mondialisation des modèles" dans le contexte bien particulier des afriques. A partir de ce jeu de mots c'est un ensemble de questions très complexes qui s'ouvre :

- Il s'agira tout d'abord de faire un point théorique sur la notion de modèle. Le terme est souvent utilisé sans véritable construction théorique. Il est en sciences sociales associée le plus souvent au terme de modélisation, c'est-à-dire à un système "de représentation de la réalité, représentation toujours simplifiée et imparfaite, permettant par le schéma ou l'analyse mathématique de mettre en relation des variables explicatives et des variables à expliquer" (Encyclopédie de la gestion et du management, Paris, Dalloz, 1999, 827). Dans certains le terme modèle se verra directement assimilé à l'ensemble "modèle mathématique" pour se réduire à une seule définition consacrée à la modélisation mathématisée, c'est-à-dire à un instrument méthodologique (Dictionnaire de sociologie, Encyclopédiae Universalis, A. Michel, 1998, article de Raymond Boudon, 553-555). Le plus souvent cependant, le terme modèle fera référence à la fois "…en méthodologie à une représentation construite, plus ou moins abstraite, d'une réalité sociale" et "dans les pratiques sociales, à une réalité ou image exemplaire que l'on s'efforce de reproduire" (Dictionnaire de sociologie, Paris, Le Robert/Le Seuil, 1999, article Pierre Ansart 348-349). Le modèle renvoie ainsi plus ou moins explicitement à "une forme de référence" (Ibid., Dalloz 1999, 821) ou à une construction instrumentale ou idéelle susceptible – en raison de sa perfection et de sa représentation comme une forme de référence ou exemplaire – d'être répliquée telle quelle pour faciliter la gestion et la transformation des organisations sociales et politiques. La notion de modèle intègre ainsi une multitude de pratiques sociales qui tendent à ériger une forme sociale objective ou imaginaire en forme exemplaire. Les efforts de définition sont finalement assez pauvres et très proches du sens commun. Ils définissent le modèle par sa double qualité de référence et d'objet destiné à la réplication se rapprochant ainsi de l'origine étymologique du terme modèle (dans le domaine de l'art italien "figure destinée à être reproduite" (1999, op. cit., Le Robert). A partir de ces efforts de définition plusieurs questions se posent :

- Existe-t-il un ou plusieurs systèmes de références sous le vocable mondialisation ? Y-a-t-il cohérence entre secteurs, espaces, échelles territoriales ? La mondialisation globalisation correspond-elle à des formes "légitimées" de mises en forme de l'activité sociale ou au contraire à de purs échanges de marché traduisant des flux et des transactions entre offreurs et demandeurs hors tout système de valeur ?

- La mondialisation conduit-elle à imposer une uniformité de modèles ou au contraire à rendre disponibles une forte diversité de modèles susceptibles de multiplier les choix ouverts aux acteurs ?

- On pourra alors questionner aussi bien la réorganisation des ordres professionnels (fonctionnaires, médecins, enseignants, policiers, juristes…) que la redéfinition des systèmes judiciaires et juridiques (droit social, droit des affaires/OHADA, droit constitutionnel et administratif, redéploiement des formes non contentieuses de règlement des litiges), que la réinscription des rapports de pouvoirs dans des modèles de gouvernance ou de prélégitimation de la domination politique ? que la diffusion de modes alimentaires ou vestimentaires, que la récurrence de modèles de gestion et de protection de l'environnement…

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Cette hypothèse permet de s'interroger :

- D'abord sur les conditions de transformation de certaines productions sociales en modèles à prétention universalisantes : quelles sont les trajectoires de ces productions, existe-t-il des espaces privilégiés de cette construction ; la notion de domination suffit-elle à caractériser les conditions de la construction des modèles et de leur transfert ? ne doit-elle pas être associée avec les stratégies de recherche des avantages comparatifs menés par des acteurs disposant désormais de plus d'informations et de capacité de recyclage géographique et professionnelles beaucoup plus fortes qu'auparavant (voir le marché international des infirmières Espagne, UK, RSA, Zambia, Cuba… ; ou des top managers…). Ces interrogations ne sont pas nouvelles et renvoient à un ensemble de travaux portant aussi bien sur le mimétisme que sur la recherche des innovations fournissant des avantages majeurs comme le faisaient certains travaux de Parsons (see-bed societies et universels d'évolution) ou comme nous incite à le penser la sociologie historique (Badie, Tilly notamment).

- Ensuite sur la réception de ces innovations et les capacités de jeu qui sont ouvertes : Les importations érigées en modèles peuvent-elles s'imposer sans subir des transformations liées à leurs importations ? Comment s'établit le jeu innovations importées - représentations de ces innovations ? Les systèmes normatifs légaux ont-ils une plus forte capacité d'imposition que les autres types de modèles ? Cette réception va-t-elle donner lieu à des stratégies cohérentes de réappropriation ou au contraire va t-elle se réaliser par un investissement aussi éclaté que la diversité des sociétés réceptrices ? Bref, existe-t-il un modèle (culturel, institutionnel, comportemental…) de réception des modèles ?

- Le modèle exclut-il l'innovation ? Peut-il être transformé sans subir des mutations qui le vident de son sens et permettent éventuellement de l'exporter à nouveau ?

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