Publications de V. Giacomotto-Charra

- La formes des choses. Poésie et savoirs dans La Sepmaine de Du Bartas, Toulouse, PUM, 2009.

La Sepmaine ou creation du monde de Guillaume Du Bartas, ample réécriture des premiers versets de la Genèse, est un texte que l’on considère généralement comme relevant de la poésie scientifique de la Renaissance. Sa nature exacte, cependant (on a parlé à son sujet de poésie « didascalique », encyclopédique ou cosmologique, de poésie de la connaissance ou de poésie de la nature) comme celle du savoir qu’il transmet (« savoir médiéval » pour certains, La Sepmaine construit pour d’autres un « outillage mental » propre à l’épistémè de la Renaissance) demeurent incertains. Ces incertitudes nous invitent à faire l’hypothèse que c’est dans un écart peut-être surprenant avec la connaissance scientifique, qui relève aussi de pratiques d’écriture spécifiques, et non dans sa reproduction que le texte bartasien prend sens. La présence du Verbe au cœur de la création du monde comme de celle du poème est en effet le point de rencontre de toutes les interrogations sur le texte et invite à le lire sous l’angle de la question de la composition et de l’écriture, car c’est par la forme nouvelle imposée par la poésie à la matière scientifique choisie que le texte crée un monde nouveau. Nous voudrions donc, par l’étude des procédés divers de la reconstruction de cette matière scientifique, tenter à notre tour d’éclairer la poésie bartasienne, en essayant de comprendre la manière dont le poème « savant » s’enracine dans une réalité qu’il est en même temps appelé à modifier, pour produire au bout du compte à la fois son propre monde et sa propre définition de l’écriture, cette « nouvelle et bisarre methode » dont le poète réclame qu’on la lui laisse pratiquer.

Une telle perspective, comme d’ailleurs la revendication mimétique exprimée par le poète, invite, dans un premier temps du moins, à considérer que le motif scientifique, poétique et topique constitué par la peinture du monde ne peut être étudié en dehors d’une connaissance relativement précise des théories de philosophie naturelle élaborées à la Renaissance. Cette exploration des écrits savants, qui est l’objet du premier chapitre, fournit ainsi un point de référence pour la mesure d’un écart et permet également de penser que l’écriture poétique du savoir prend naissance dans un cadre dont le caractère protéiforme est la source d’une inquiétude fondamentale, qui est aussi garante de liberté. Le second chapitre nous conduira à l’examen du discours théorique tenu par le poète lui-même sur son rapport à la science, et à la mise en scène du rapport au savoir au sein de ses textes. Puis du discours théorique à l’œuvre, nous essaierons de montrer comment le poème bartasien reconstruit un univers singulier en même temps qu’il élabore une pratique d’écriture. La question du poids de l’ordre du texte d’abord, celle de l’adéquation des mots et des choses, ensuite, seront abordées pour tenter de dégager in fine la signification du monde ainsi recréé et saisir comment s’élabore la juste adéquation du discours à la forme savante.

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- Lire, choisir, écrire : la vulgarisation des savoirs du Moyen Age à la Renaissance, en collaboration avec Christine Silvi, Paris, Ecole Nationale des Chartes, 2014.

L’analyse du livre scientifique, conduite dans le cadre du programme de recherche « Le livre scientifique : définition et émergence d’un genre – 1450-1850 », a fait émerger une interrogation sur la notion de vulgarisation, au cours de la longue période du Moyen Âge et de la Renaissance. L’idée de vulgarisation reste en effet, à ces époques, peu explorée ; quand elle l’est, c’est souvent de manière fragmentaire, en liaison avec un temps, une discipline ou un genre donnés. Or elle pose de nombreux problèmes ; on peut s’interroger sur la nature même de la vulgarisation, sur la pertinence du concept et du mot appliqués au Moyen Âge et à la Renaissance : est-elle la continuité naturelle de la science, son miroir, ou donne-t-elle naissance à un savoir différent, autonome ? Est-elle un genre, une forme, ou peut-elle prendre des formes variées ? Est-ce que des critères comme la simplification, le choix de la langue, l’illustration, le lectorat, sont pertinents ? Et le sont-ils toujours ? S’est également posée la question du vulgarisateur, ce troisième homme qui, sous l’aile des autorités, commence lui-même par lire, puis choisit, sélectionne  élimine, compile et, pour finir, modifie, réécrit. La vulgarisation entre-t-elle alors dans le champ de la création, comme une variation musicale sur la matière scientifique ?

Deux journées d’étude, à Bordeaux en 2007 puis à Paris en 2008, ont permis à des chercheurs des deux périodes de se confronter à la diversité et la difficulté de ces questions : ce livre est le fruit de leurs travaux. Il se donne pour but de réfléchir à la notion, complexe car multiforme, de vulgarisation, à son statut, ses réalisations et ses applications du Moyen Âge à la Renaissance, sans l’attacher précisément ni à un genre donné,ni à une période limitée, ni à un type de savoir.

 

 

- Lire Aristote au Moyen Age et à la Renaissance. Réception du Traité sur la génération et la corruption, avec J. Ducos, Paris, Champion, 2011. ISBN: 9782745321664

La réception aristotélicienne est une longue histoire du savoir universitaire, et spécialement des fondements de la philosophie naturelle élaborés au Moyen Âge et à la Renaissance. Le traité Sur la génération et la corruption y occupe une place originale car, entre savoir commun et source d’une réflexion épistémologique, il est fondateur d’une approche du changement matériel et d’un cadre qui permet de comprendre comment une matière évolue, entre naissance et mort, altération et corruption, thématiques centrales au sein d’une étude de la matière animée, que ce soit celle du monde corruptible ou de la biologie. Le De generatione est oeuvre de commentaire ou d’enseignement, mais fonde aussi la physique, la biologie et la médecine en explicitant, pour la plupart des hommes lettrés, leur présence au monde.

Le présent livre, issu des réflexions menées au cours de deux journées d’études, veut proposer des jalons nouveaux dans la compréhension de la lecture philosophique du texte et mettre en évidence la diffusion médiévale et renaissante des théories aristotéliciennes dans et hors des universités, et les diverses réfractions des commentaires aristotéliciens à la littérature en passant par les encyclopédies ou les textes politiques.

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