Statuts de l'Académie (1712)

retranscrits par Julien Cussaguet

 

Les statuts de l’Académie Royale des Belles-Lettres Sciences et Arts de Bordeaux sont les règles établies pour la conduite de cette compagnie. Ils sont systématiquement annexés à des lettres patentes qui sont nécessaires pour la confirmation et l’autorisation de ces règlements. Les premiers statuts qui accompagnent les lettres patentes portant établissement de l’Académie ont été arrêtés au Conseil d’État du Roi à Fontainebleau le 5 septembre 1712. Ils contiennent vingt-cinq articles qui portent sur les différents types de membres de l’Académie, leur élection, leurs fonctions, leurs devoirs, le Prix de Physique, les assemblées, les ouvertures et fermetures de l’Académie ou encore sa devise. Le document de ces premiers statuts appartient toujours à l’Académie de Bordeaux qui l’a déposé à la Bibliothèque municipale de Bordeaux. Ces statuts ont été repris dans les Actes(1) de l’Académie en 1879. Nous les retranscrivons ici dans une graphie modernisée.

 

STATUTS(2) POUR L’ACADÉMIE DES BELLES-LETTRES, SCIENCES ET ARTS ÉTABLIE À BORDEAUX

ARTICLE PREMIER

Il y aura un Protecteur perpétuel de l’Académie, qui sera élu par les académiciens à la pluralité des deux tiers des voix, et ne pourra être choisi qu’avec l’agrément du Roi, du nombre des personnes d’un rang et d’une naissance distinguée.

 

II

Le Protecteur présidera aux assemblées quand il se trouvera à Bordeaux, les convoquera extraordinairement, si bon lui semble, et maintiendra la discipline dans la Compagnie.

III

Il sera élu un directeur annuel pour présider aux assemblées, pour les convoquer extraordinairement, quand il en sera besoin, et pour maintenir la discipline dans la Compagnie en l’absence du Protecteur.

 

IV

Il sera élu deux secrétaires perpétuels, un pour les Sciences, l’autre pour les Belles-Lettres et les Arts ; le premier tiendra registre des délibérations et de tout ce qui se passera dans les conférences ; il recueillera les dissertations, répondra aux lettres adressées à l’Académie, et gardera tous les livres et instruments destinés aux sciences ; le secrétaire pour les Belles-Lettres et pour les Arts aura des fonctions semblables en ce qui le concerne.

 

V

Il sera élu un trésorier qui tiendra un état des meubles, et de l’argent qu’il ne donnera que sur les billets d’un des secrétaires, chacun dans ce qui le concerne ; il rendra compte tous les ans au directeur et à trois académiciens choisis pour cela en présence des deux secrétaires.

 

VI

Les académiciens ordinaires seront au nombre de vingt, tous habitants de Bordeaux afin qu’ils puissent assister régulièrement aux assemblées, ils ne pourront être choisis parmi les religieux d’aucun ordre ; on ne prendra les officiers que dans ce nombre, et ils seront seuls en droit d’avoir chacun un élève qui sera néanmoins agréé par la Compagnie.

 

VII

Les académiciens associés seront au nombre de vingt de Bordeaux ou d’ailleurs ; ils seront reçus en la même forme que les ordinaires, et les religieux de toutes sortes d’ordres pourront être élus, mais il ne pourra y en avoir qu’un de chaque ordre.

 

VIII

Les académiciens ou candidats seront élus à la pluralité des deux tiers des voix, ils seront âgés de vingt cinq ans au moins, et les élèves de vingt au moins ; les élèves distingués par leur mérite et par les progrès qu’ils auront faits dans les sciences seront préférés aux étrangers qui se présenteront pour remplir les places vacantes.

 

IX

Il ne sera fait aucune élection d’académicien ordinaire ou associé, d’élève ni d’agrégé, sans que tous les académiciens qui seront dans la ville en soient avertis. Ils seront au nombre de quinze au moins pour élire un académicien et de onze pour agréer un élève ou pour accorder des lettres d’agrégation ; les élus ne pourront entrer en fonction qu’après qu’ils auront eu des lettres signées par le Protecteur et scellées du sceau de ses armes.

 

X

Les académiciens ordinaires ou associés ne pourront être destitués que d’un consentement unanime, et de celui du Protecteur ; mais ils pourront être interdit à la pluralité des deux tiers des voix, qui seront au nombre de quinze au moins, et avec l’agrément du Protecteur ; cette interdiction pourra être prorogée autant que la Compagnie le jugera à propos ; les élèves qui se seront rendus indignes seront destitués à la pluralité des deux tiers des voix qui seront au nombre de onze, et avec l’agrément du Protecteur.

XI

L’Académie pourra faire des règlements dans les choses qui ne sont point réglées par les Statuts, et les règlements seront approuvés à la pluralité des deux tiers des voix ; tous ceux qui seront reçus les signeront aussi bien que l’acte de leur réception quand ils seront installés.

XII

Il ne pourra être fait aucun règlement sans que pareillement tous les académiciens qui seront dans la ville soient avertis du jour ; les règlements ne seront faits qu’au nombre de quinze au moins, et ne seront exécutés qu’après l’approbation du Protecteur, il suffira qu’il l’envoie au secrétaire.

XIII

La Compagnie s’assemblera deux fois la semaine au moins, une pour les Sciences et les Belles-Lettres, l’autre pour la Musique et les Arts ; s’il se trouve des fêtes dans les jours marqués les assemblées se tiendront les jours suivants ; les séances seront de deux heures au moins.

 

XIIII

Les académiciens ordinaires ou associés absents seront obligés d’écrire tous les ans une lettre à la Compagnie, ou pour elle à un de ceux qui la composent, avec un ouvrage de leur façon qui sera lu selon l’ordre des dates ; et la Compagnie leur en fera savoir son sentiment par le secrétaire.

XV

Les académiciens associés déclareront le sujet et la matière qu’ils étudient et en porteront de temps en temps quelques pièces qui seront lues selon l’ordre des dates, et livrées à l’examen particulier des académiciens connaisseurs dans ce genre d’érudition pour qu’ils fassent la critique avec tout le ménagement et toute la politesse possible.

 

XVI

Aucun académicien ne pourra faire paraître un ouvrage au nom de l’académie ou comme académicien, sans qu’il ait été examiné et approuvé par l’Académie ; il suffira que cette approbation soit couchée sur les registres.

 

XVII

Les élèves assis derrière leurs patrons ne pourront parler que quand ils seront interrogés par le directeur.

 

XVIII

L’académie donnera des lettres d’agrégation à dix personnes nécessaires tant pour la musique que pour les autres arts ; le libraire ou imprimeur sera dans le nombre ; les dix agrégés jouiront des droits et privilèges accordés à l’Académie.

 

XIX

Le libraire ou imprimeur sera perpétuel, il se trouvera aux assemblées quand il sera mandé.

 

XX

Il sera permis à l’Académie d’établir des prix pour les Sciences et pour les Arts. Ces prix ne pourront être remportés que par des personnes qui ne seront point du corps de l’Académie.

 

XXI

L’ouverture se fera publiquement le premier lundi après la fête de Saint Martin ; le directeur fera un discours, ensuite on lira un ouvrage à son choix.

 

XXII

Les vacances de l’Académie seront depuis le huitième de septembre jusqu’au jour de l’ouverture ; depuis la veille de Noël jusqu’à l’Épiphanie ; la première semaine du Carême, la quinzaine de Pâques, l’octave de la Pentecôte ; les dimanches et fêtes de l’année.

 

XXIII

Il y aura, outre l’ouverture, deux assemblées publiques, à savoir le jour de Saint-Louis et le jour de la fête du Protecteur ; à ces assemblées les étrangers ne pourront qu’écouter et être assis autour de la salle.

 

XXIV

L’Académie choisira une église dans la ville, ou dans les faubourgs, les académiciens ecclésiastiques célèbreront le service divin, et le prédicateur sera choisi par la Compagnie.

XXV

L’Académie prendra une devise.

On chargera un sceau de cette devise ; le secrétaire s’en servira quand il écrira au nom de l’académie ou qu’il scellera les lettres d’académiciens, les armes du Protecteur seront aussi mises en sceau pour être attachées aux mêmes lettres.

Arrêté au Conseil d’État du Roi, Sa Majesté, y étant tenue à Fontainebleau le cinquième jour de septembre mille sept cents douze.

PHELYPEAUX



(1) « Documents historiques (1711-1713) » dans les Actes de l’Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Bordeaux, Gounouilhou, Bordeaux, 1879, p.223-231.

(2) Retranscrits à partir de l’original avec l’aide de Monsieur Nicolas Barbey, et vérifiés à partir des « Documents historiques (1711-1713) » dans les Actes de l’Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Bordeaux, Gounouilhou, Bordeaux, 1879, p.227-231.

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