Identité(s) et Mémoire(s) des Populations du Passé. Archéologie funéraire et histoire
coordinatrices : Isabelle CARTRON et Dominique CASTEX

Identité(s) et Mémoire(s) des Populations du Passé
Bio-archéologie funéraire et histoire

Isabelle Cartron1, Dominique Castex2

1 Maître de conférences à l’Université Bordeaux 3, UMR 5607 du CNRS, Ausonius, Maison de l’archéologie, Domaine universitaire 33607 Pessac Cedex.
2 Chargée de recherches au CNRS, UMR 5199 PACEA, Laboratoire d’Anthropologie des Populations du Passé, Université Bordeaux 1, Avenue des Facultés, 33405 Talence Cedex.

Sans prétendre au traitement exhaustif des problématiques historiques que les concepts d’identité et de mémoire sont susceptibles d’engendrer, ce projet de recherche se focalise sur une analyse des espaces funéraires, domaines ou l’identité et la mémoire des populations anciennes peuvent s’exprimer d’une manière particulièrement significative, quelles que soient leur ancienneté et leur localisation géographique. Il est orienté selon trois volets thématiques bien spécifiques, élaborés à partir de sites archéologiques particulièrement significatifs présentant des garanties de faisabilité et ouvrant des perspectives prometteuses quant à l’interprétation historique.

Le premier volet traite de la manière dont s’expriment et évoluent les notions d’identité et de mémoire durant la période qui s’étend de l’Antiquité au Moyen Age, période perçue comme une phase de transformation politique, sociale et culturelle. Les concepts du projet sont analysés à plusieurs échelles. Premièrement, l’observation du squelette, des objets et de la tombe doivent permettre d’analyser la phase des funérailles et les choix qui ont été réalisés par le défunt et les membres de sa famille. Du point de vue des contemporains, il s’agit d’honorer une mémoire personnelle et intime, en relation avec le souvenir de la personne, elle ne dépasse pas en général trois générations. Dans un second temps, la mémoire devient sélective et plus généralisatrice, c’est alors le monument qui cristallise la memoria collective, les défunts ne sont plus forcément identifiés personnellement mais rejoignent le groupe des ancêtres de la famille. Cette famille pouvant être biologique et/ou sociale (monastère). Il s’agit d’un dialogue constant entre l’affirmation d’identités communautaires et personnelles. Ces réflexions porteront sur une région bien définie, à savoir l’Aquitaine, à partir de sources variées allant de l’épigraphie au texte hagiographique médiéval ; elle sera ensuite élargie à la Méditerranée occidentale pour le monde romain.

Le second thème de recherche aborde la question très particulière des crises de mortalité, et tout particulièrement des crises brutales liées à la propagation de grandes épidémies. Il propose des réflexions sur les méthodes qui peuvent être mises en œuvre pour pallier la carence des sources historiques tout particulièrement pour les périodes les plus anciennes. De récents acquis sur les épidémies de peste (modalités de gestion funéraire, impact démographique, identification du bacille et de son évolution) révèlent que selon les lieux et les époques, les caractéristiques des sites relatifs à des crises de mortalité peuvent se révéler assez variables. Ces résultats imposent de nouvelles réflexions et collaborations ainsi que de nouvelles orientations de recherche qui devront être le plus large possible, tant d’un point de vue chronologique que géographique. Plusieurs collaborations sont engagées avec des historiens car certaines données d’archives constituent de précieuses sources d’informations (statut des lieux par exemple) mais aussi avec des sociologues de la mort, l’objectif étant de soumettre nos interprétations au regard de spécialistes des sociétés contemporaines. Dans le domaine de la paléobiologie de nouveaux outils d’analyses seront utilisés et feront intervenir divers spécialistes en paléopathologie (état sanitaire général), paléogénétique (identification d’éventuels pathogènes à partir de l’ADN ancien) et analyses des isotopes (régime alimentaire des populations). Plusieurs gisements funéraires en France et à l’étranger sont d’ores et déjà susceptibles de constituer un cadre exceptionnel de recherche.

Le troisième thème proposé est plus spécifiquement méthodologique. À l’interface entre Médecine Légale et Archéologie funéraire, l’archéothanatologie se propose d’étudier l’ensemble des aspects–biologiques et culturels- que revêt le phénomène de la Mort dans les sociétés anciennes. Il s’agit d’une approche nouvelle du cadavre qui impose une meilleure connaissance des processus par lesquels le défunt passe de l’état de dépouille organique à celui de squelette « minéral », et ce quels que soient les contextes culturels (traitements funéraires) et environnementaux (climat, hygrométrie, faune…). Discipline biologique l’archéothanatologie se trouve dans l’obligation d’établir les fondements de son propre discours en même temps qu’elle contribue à la compréhension des ensembles funéraires. Le terrain doit donc se substituer au laboratoire, la fouille à l’expérimentation. Si cette taphonomie du cadavre est désormais bien documentée pour les milieux tempérés humides d’Europe occidentale, il est aujourd’hui nécessaire d’élargir le champ de nos études à des contextes différents. Les objectifs du projet sont donc de développer des recherches sur les inhumations en Afrique, en Amérique centrale ainsi qu’en Scandinavie. Dans un autre ordre d’idées, un accent particulier sera mis sur les diverses formes de la crémation du cadavre ; un volet particulier sera consacré aux conséquences taphonomiques des pratiques sacrificielles et expositions de corps.

Les équipes constituées sur chaque thème regroupent des chercheurs d’institutions très variées avec certes un pôle bordelais mais également un partenariat avec des équipes relevant d’autres institutions, en France comme à l’étranger, et notamment d’autres Maisons des Sciences de l’Homme. La cohésion de ces équipes réside dans la recherche d’objectifs scientifiques communs ; notre souci est bien de « pratiquer » l’interdisciplinarité en construisant de nouvelles interprétations grâce à des regards différents portés sur un même objet de recherche.

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