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Risques en Afrique. Conditions de vie, Pouvoirs, Travail
Risques en Afrique. Conditions de vie, Pouvoirs, Travail
coordinateur : Simon POMEL


Programmes des conférences

Bilan de mi-parcours (juin 2009)

 

Risques en Afrique. Conditions de vie, Pouvoirs, Travail

Présentation générale

L’objectif principal de ce programme est de mener une réflexion pluridisciplinaire sur la représentation et l’évaluation des risques, de l’insécurité et la définition de politiques sécuritaires dans les pays en voie de développement, particulièrement en Afrique.

AXE 1 : « Risques / Représentations »

Cet axe, qui regroupe beaucoup de communicants de l’EA CÉMIC (enseignants-chercheurs et doctorants, post-doc), mais fédère plus largement d’autres disciplines, a organisé sa réflexion autour de trois thèmes principaux :

1. COMMUNICATION ET GESTION DES RISQUES

- réflexion générale dans les problématiques des Sciences de l’Information et de la Communication
- étude du vocabulaire dans les langues africaines (avec l’aide de M. N’Galasso)
- actualité de la gestion traditionnelle des risques : l’idée est partie de Jean-Philippe CROS qui souhaitait faire un film sur la parenté à plaisanterie en Afrique. Il s’agirait ici de chercher comment cette pratique, mais aussi d’autres, sont un facteur de résolution ou de prévention des risques – sociaux, politiques en particulier.

Au-delà une réflexion serait menée sur la place de la culture dans la gestion des risques. Dans le cadre de la mondialisation actuelle, l’analyse du cas du tourisme, avec ses nombreuses incidences, est un thème qui a été retenu.

2. « RISQUES » RELIGIEUX

Une réflexion préalable a permis d’envisager tous les sens du terme « risque », à la fois dans ses dimensions négatives mais également dans des perspectives moins connotées. Les médias serviront de base à la recherche d’indicateurs mais aussi de seuils.

3. L'INFORMATION POUR LE DEVELOPPEMENT : LES ENJEUX DE LA CIRCULATION DE L'INFORMATION SCIENTIFIQUE ET TECHNIQUE.

 

AXE 2 : « Risques / Conditions de vie – Ressources – Santé »

L’approche principale concerne la notion du « Risque construction sociale » : prévention, veille sanitaire.

Deux notions-clefs seraient à étudier dans le cadre des réflexions sur la question du risque : pratiques et indicateurs des risques conditions de vie - santé.

Les pratiques renseignent sur les dispositifs mis en place par les sociétés pour faire face, prévenir ou limiter les effets des risques (techniques culturales spécifiques, lutte contre l’érosion, la sécheresse, les pratiques en lien avec la santé, etc…).

Les indicateurs sont autant d’éléments témoins dont la prise en compte peut servir à établir des diagnostics de l’état du risque dans les domaines de la ressource, de l’environnement, de la santé. Ils peuvent être statistiques (taux de mortalité chez les femmes enceintes, mouvements de population, etc…) mais aussi paysagers (séismes annonciateurs d’éruptions, érosion, assèchement des points d’eau), sanitaires, pédologiques (perte de fertilité des sols), sociaux (tensions foncières, inégalités sociales, rapports de domination, dysfonctionnements de structures –médicales, politiques-), etc… Les indicateurs permettent d’envisager la vulnérabilité d’un système et d’en définir les seuils de rupture. Observer les pratiques, définir les indicateurs, peuvent nous permettre de proposer des définitions du risque et de tenter de les mesurer (quantitatif et qualitatif).

Ces deux notions seront ainsi débattues afin de contribuer à l’effort de définition de la notion de risque, sa (ses) représentation(s), son évaluation, sa cartographie.

 

AXE 3 : « Risques / Pouvoirs »

L’objectif du groupe « Risques / pouvoirs » est de parvenir à une définition du risque pouvoir, et à l’élaboration d’indicateurs permettant de l’évaluer. Il se focalise donc sur les dimensions politiques du risque en Afrique. Trois axes sont retenus.

1) Méthodologie d’analyse du « risque pouvoir », les dimensions politiques, institutionnelles et sociales du risque.

Comment évalue t-on le risque pouvoir et quelle grille de lecture peut-on proposer pour le comprendre en Afrique ? Il s’agit de parvenir à la définition de variables et à l’élaboration d’indicateurs pour évaluer les dimensions politiques, sociales et institutionnelles du risque en Afrique. Pour cela, il nous paraît important de croiser deux démarches, 2 logiques de recherche opposées et complémentaires :

- Partir des indicateurs existants et des variables couramment mobilisées pour cerner le risque politique. Ces indicateurs, élaborés pour répondre aux demandes d’acteurs particuliers dans des perspectives particulières, peuvent être améliorés, pondérés, voire annihilés. Ils sont en tout état de cause à relativiser le risque étant par essence relatif.

Plusieurs outils existent :

Le risque politique est un terme qui apparaît dans les grilles d’évaluation du risque pays ou du risque souverain des agences de notation « rating » (Moodys, Fitch Ratings, Political Risk Services, Standarts and Poors…), des assurances-crédit (Coface, Ernst & Young, Euler Hermes...), ou des consultants (Crédit Risk International, Nord Sud Export…). Le risque politique est mesuré dans ces grilles par plusieurs indicateurs, et renvoie à un public particulier (les entreprises et Etats engagés dans des échanges économiques internationaux), dont la préoccupation est essentiellement la sécurisation des activités économiques dans et avec certains pays.

Par ailleurs, d’autres indicateurs ou variables sont proposés par d’autres types d’acteur, notamment institutionnel (fiches statistiques et profils institutionnels des Missions Économiques françaises, base de donnée gouvernance de la Banque mondiale…) et ONG (indicateur de perception de la corruption de Transparency International, indicateur Economic freedom of the world de Fraser Institute, indicateur de liberté politique et de droits civiques de Freedom House…), et peuvent être pris en compte dans une analyse en terme de risque, dans la logique de mieux prendre en compte le contexte, les règles du jeu formelles ou informelles qui pèsent sur un pays, les lignes de tensions, etc…

- Partir des terrains, sujets et expériences de chacun. Nos connaissances approfondies de certains pays ou thématiques, nos profils disciplinaires différents, nous permettent de parvenir à des diagnostics précis et complexes des risques potentiels relevant du politique et social dans ces cas précis. Il est important de confronter ces diagnostics et ces situations, de les comparer pour identifier les facteurs ou configurations de facteurs (politiques, sociaux, institutionnels, individuels…) qui sont constitutifs du risque politique avec l’objectif de monter en généralité pour parvenir à une grille de lecture qui soit pertinente quel que soit le pays. Il s’agit également d’affiner l’analyse en prenant en compte les moments (le risque lors d’une succession, le risque électoral, le risque lors d’une négociation internationale…), les acteurs (quel risque pour qui ?), et le point de départ du regard et de l’évaluation (en fonction de quoi considère t on qu’il s’agit d’un risque ?) : le risque n’est pas le même, voire n’en est pas un, en fonction des divers acteurs qui ont des intérêts et stratégies variées.

2) Risques potentiels, avérés… Conflits !

Pourquoi le conflit éclate dans certains cas et pas dans d’autres ? Comment expliquer que des risques identifiés de crise, le diagnostique d’un conflit potentiel, devienne avéré ou pas ?
Il s’agit de parvenir là aussi à identifier les facteurs, les acteurs et leurs configurations pour proposer une grille de lecture du risque de conflit.

- Partir des conflits qui ont éclaté. Avant qu’un pays ne bascule dans un conflit, quels sont les éléments qui permettent d’identifier le risque, et surtout de l’évaluer. Qu’est-ce qui fait que le risque, en tant qu’une crise ou un conflit potentiel, s’est matérialisé ? Comment comprendre rétrospectivement la configuration, en termes de ressources, d’acteurs, de stratégies, du conflit qui a éclaté ? L’Afrique est riche de conflits dans les années 90 faisant intervenir des composantes diverses.

- Partir de l’analyse des pays présentant des situations de tension, des lignes de fractures, pouvant être diagnostiquées comme porteuses de risques. Le conflit est un risque avéré de crise qui se réalise, dès lors que ce risque est présent, qu’est-ce qui fait qu’il ne débouche pas sur le conflit ? Pourquoi certaines prévisions s’avèrent finalement fausses ? Il s’agit là est d’analyser les facteurs, les mécanismes et conditions qui font qu’un risque ne se transforme pas en conflit ou en crise, dans une perspective de prévention du conflit, donc du risque préalable.

3) Les risques liés à l’urbanisation

L’urbanisation accélérée de l’Afrique au cours de ce siècle provoque des changements sociaux, économiques, environnementaux et politiques très importants, potentiellement porteurs de risques. Pour appréhender les risques liés à l’urbanisation, deux perspectives sont proposées.

- Les risques environnementaux dans les villes. Quels sont les risques liés à l’urbanisation pour l’environnement et les populations concernées ? Comment en est-on arrivé là, comment ces risques ont été prévenus ou pas, comment sont-ils gérés dans les grandes métropoles africaines ?
- Les risques liés à la criminalité et l’insécurité dans les villes. La forte concentration dans certaines zones urbaines, combinée avec la faiblesse de l’Etat des pouvoirs publics et la dureté des conditions de vie des plus démunis, se traduit par un risque élevé lié à la criminalité et l’insécurité. Ces risques sont-ils de l’ordre de la perception ou de l’ordre de la réalité ? quel est leur impact sur les sociétés urbaines ? comment sont-ils évalués et éventuellement gérés ?

• Au vu des terrains et centre d’intérêt des collègues qui ont manifesté leur intérêt pour ce groupe, plusieurs zones peuvent faire l’objet de notre étude sur ces axes et thématiques :
- Golfe de Guinée
- Sahel
- Afrique des grands lacs
- Afrique Australe

Travaux mis en priorité :

- élaboration d’un répertoire des outils et grilles d’analyse existantes ;
- identification et mise en commun des ressources bibliographiques ;
- intervention de collègues spécialistes du rating et de l’évaluation du risque pays : Bernard Sionneau (BEM) et Stéphanie Gautrieaud (Université Bordeaux IV) sont pressentis.

 

AXE 4 : « Risques / Travail »

Les risques liés au travail en Afrique sont surtout des risques liés à l’exercice au quotidien dans des pays où la couverture sociale est souvent inexistante. Les aspects juridiques concernent souvent des activités professionnelles dans des sociétés de sous-traitance qui ne se soucient guère des droits élémentaires de leurs employés, souvent peu ou pas syndiqués. Dans ce contexte le droit du travail et de la protection sociale est difficile à mettre en œuvre.

1. Les risques professionnels

Selon un rapport récent de l’Organisation Internationale du Travail, dans le monde, chaque année 270 millions de salariés sont victimes d’accidents du travail et 160 millions contractent des maladies professionnelles. L’étude révèle que le nombre de travailleurs morts dans l’exercice de leur métier dépasse, par an, les deux millions : chaque jour le travail, ou du moins les conditions dans lesquelles il est exécuté, tue 5000 personnes. Le rapport du BIT indique que les causes principales de ces décès sont les cancers et les maladies vasculaires liés à la profession, les accidents du travail et les maladies transmissibles liées à la profession, essentiellement dans les pays en développement. Les chiffres sont ici indicatifs ; ils sous-estiment nécessairement une réalité partout « sous-déclarée », au sud plus particulièrement marquée par l’importance du secteur dit informel. Diminuer l’insécurité des personnes en situation de travail ne tient bien évidemment pas qu’aux moyens juridiques mobilisables. Mais le droit ici aussi est à la fois un outil et un révélateur. De ce point de vue, on se doit de rappeler que les premières « législations sociales » apparues au XIXème siècle en Europe ont eu en commun de concerner la protection de l’intégrité physique de quelques catégories de travailleurs, à savoir les enfants et les femmes. On sait qu’il s’est agi avant tout – cyniquement ? - de préserver les forces de travail et leur reproduction. Assez rapidement on développa toutefois des législations concernant l’hygiène et la sécurité. Cette logique de protection minimale et certains pans du corpus normatif constitué au nord ont été transférés au sud.

2. Le droit du travail

Dans sa lutte contre l’insécurité des personnes, le droit du travail a bénéficié, au nord comme au sud, du renfort du droit pénal. Mais, c’est certainement le droit de la sécurité sociale qui a eu ici un apport déterminant, en raison notamment du mode de financement de la couverture du risque « accident du travail », reposant sur le seul employeur et un taux variable de cotisations en fonction du risque. Dès lors qu’il y a intérêt financier à diminuer le risque, on est conduit à une démarche non plus de réparation mais de prévention. Précisément - hormis la protection sociale spécifique à quelques multinationales implantées en Afrique - les droits nationaux de la protection sociale sont au sud le plus souvent d’une grande faiblesse, peut-être paradoxalement du fait d’une « solidarité africaine » polymorphe mais bien réelle. En tout cas, la faiblesse du champ d’influence et du contenu du droit social, l’insuffisante réalité d’institutions pourtant prévues pour répondre à l’existence de risques tout comme diverses variables culturelles, conduisent au constat d’un déficit de prise en charge du risque professionnel, à l’acceptation de l’insécurité de la personne en situation de travail. Ainsi on reste au mieux dans une logique de réparation/compensation, sans véritablement s’aventurer sur la piste d’une réelle prévention du risque. Par là même c’est un écart grandissant en matière de sécurité des personnes au travail entre pays européens et africains que le droit révèle. Y a-t-il là uniquement un exemple parmi d’autres du fossé se creusant entre pays riches et pauvres ? La sécurité des personnes en situation de travail a certes un coût mais la lutte contre la réalisation des risques professionnels est aussi une question de mobilisation des normes disponibles et des acteurs existants. On en peut que s’interroger sur la faiblesse quantitative des normes relatives à la sécurité présentes dans certains codes du travail africains tout comme la quasi absence de ratifications de conventions de l’OIT concernant la prévention d’atteintes physiques.

3. Le droit de la protection sociale

Par ailleurs, au-delà de l’invitation à la prévention du risque professionnel, le droit social organise une réponse aux conséquences du risque. Et parce que ces dernières présentent plusieurs facettes et concernent aussi bien l’avenir professionnel du salarié victime, sa santé, que sa capacité de travail et de gain, le droit du travail et le droit de la sécurité sociale se combinent pour organiser son maintien dans l’emploi et garantir l’indemnisation des préjudices subis. Le droit international invite d’ailleurs les États à agir en ce sens et accorde une attention toute particulière au risque professionnel. Il sera particulièrement intéressant d’observer quelles sont les prestations sociales qui sont envisagées par les différentes législations (États à définir), quel est leur objet, leur régime juridique, et quelles sont leurs modalités de calcul. Cette observation permettra de mettre en évidence le rôle de l’assurance obligatoire dans la prise en charge du risque professionnel, de mesurer le niveau de protection qui est garanti par les régimes obligatoires de sécurité sociale, et d’apprécier l’intérêt des mécanismes de responsabilité civile pour le complètement des prestations sociales. De plus, l’étude des différentes législations permettra d’analyser l’évolution des définitions des accidents du travail et des maladies professionnelles, de situer les rôles respectifs de la loi et du juge, et de montrer dans quelle mesure elles tentent de s’adapter aux nouveaux risques de l’emploi.

Il s’agit avant tout de travailler en réseau autour de la question du risque professionnel au sud. Il s’agit dans un premier temps d’apprendre et de réfléchir ensemble et parallèlement de faire un état des travaux menés par des collègues ou doctorants sur le thème au sud ; il s’agira, dans un second temps, d’animer une recherche se terminant par la tenue d’un colloque et la publication d’un ouvrage. Le « sud » correspond prioritairement à un espace subsaharien à préciser (OHADA ou au moins 5 pays d’Afrique de l’ouest et centrale). Ceci n’interdit pas d’envisager la constitution d’un réseau « Maghreb », singulièrement sur la prise en charge du risque professionnel.

Le premier temps sera scandé par des réunions du groupe, tous les 2 mois (probablement le jeudi de 17 à 19 heures) avec discussion de contributions de membres du groupe et/ou d’invités extérieurs. On a convenu de la nécessité de commencer par un éclairage anthropologique du risque au sud (ce qui doit nous conduire à être au moins en relation avec le groupe « représentation »). Une séance sera par ailleurs dédiée à l’appréhension juridique du risque par le droit et du risque professionnel par le droit social. Elle devrait être suivie d’une réflexion sur les distinctions (ou non) d’approches du risques professionnels au nord et au sud, puis par un essai de bilan de l’état des risques professionnels dans quelques pays du sud, notamment en lien avec le Bureau international du travail. Enfin, nous devrions envisager la question de la prise en charge de la réalisation du risque professionnel d’un point de vue juridique mais surtout pratique. Les deux derniers thèmes appellent des contributions de sociologues et d’économistes. Le second temps dépend, bien évidemment, des réflexions menées au cours du premier.

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