Axe 2 : Lieux, Territorialités, Mémoires
Les premiers travaux et échanges qui ont été engagés au sein de chacun des quatre thèmes de recherche de cet axe montrent une plus grande convergence entre les projets et les équipes appartenant à différentes disciplines, de même qu'un resserrement des problématiques. L'ensemble des participants aux quatre thèmes se sont réunis à la MSHA le 25 juin pour faire un premier bilan d'étape de cet axe 2. L'accent a été mis sur les concepts et méthodologies de façon à faciliter les collaborations interdisciplinaires.
Dans le thème " Mémoires, Itinéraires, Lieux ", les deux programmes " Espaces publics et mise en scène des mémoires minoritaires " et " Diaspora, lieux et mémoire : les Réfugiés d'Asie Mineure en Grèce " se réfèrent à des problématiques communes qui tournent autour de la mise en mémoire d'évènements traumatiques (esclavage, génocide…), qui se traduisent par l'émergence des enjeux de cette mémoire dans l'espace public (monuments, cérémonies, vie associative…). On cherche à voir de quelles manières la mémoire collective s'approprie un passé porteur de certains traumatismes. Cela implique de définir les termes de la relation établie entre les groupes d'aujourd'hui : les Québécois avec les Canadiens, les Jamaïcains avec les Britanniques, les réfugiés d'Asie Mineure avec les Grecs de Grèce. Cette recherche porte donc sur les réaménagements du passé selon les impératifs jugés importants par les contemporains, avec l'objectif (parfois non explicitement formulé) d'élaborer un récit identitaire collectif. Le noyau commun est celui de l'identité dans ses rapports à la mémoire. En partant de ce qui existe, nous cherchons à décrire l'histoire de la décision d'édifier un monument et/ou d'instituer une commémoration. L'identification des décideurs et la description du dispositif mémoriel mis en place (monument, musée…) sont importants. On cherche ensuite à décrire et interpréter le sens de ce qui est dit. Les objets sélectionnés par l'intention mémorielle : qu'ont-ils la charge de dire ? Cette recherche repose sur les acquis conceptuels et épistémologiques suivants : mémoire et narration sont liés ; la mémoire n'est pas une donnée objective ; elle n'est pas le réceptacle intégral du passé ; elle varie selon les contextes, enfin mémoire et oubli sont liés. Une mission en Grèce de M. Bruneau en mars a permis de commencer les enquêtes et d'affiner la méthodologie en vue de la constitution d'une base de données sur les monuments construits par les Réfugiés et leurs descendants en Grèce. Le travail se poursuit par la recherche post-doctorale menée sur ce sujet par Kyriakos Papoulidis, Les travaux de terrain sur la mémoire de l'esclavage à Bristol et au Canada sont prévus en septembre-octobre de cette année, mais le projet s'appuie sur des enquêtes déjà effectuées à Québec sur les plaques commémoratives et sur les actions qui se déroulent depuis cinq ans pour faire émerger le passé négrier de Bristol et Bordeaux. Le troisième programme " Mémoires andalouses et lieux d'accueil des migrants marocains en Andalousie " vise à montrer quels liens peuvent exister entre le passé arabo-musulman de l'Andalousie, dont la conscience est actuellement revitalisée, et l'accueil récent de populations marocaines immigrées. L'aménagement de lieux dans les espaces publics n'est pas uniquement orienté vers une célébration de la mémoire (très peu de monuments) mais vers le marquage identitaire de ces espaces (construction de mosquées…). Les travaux de terrain sont également prévus en septembre-octobre prochains.
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Le thème "Contacts de langues et frontières" |
- Objectif : proposer une approche typologique de la relation entre langue et frontière dans le sens le plus large et en partant des situations linguistiques minoritaires, rappelant d'une part qu'elle concernent aussi des langues "majoritaires " ou officielles d'état, mais éventuellement minoritaires ailleurs, et estimant d'autre part que les langues minoritaires, à travers les problèmes de reconnaissance, de gestion mais aussi de survie auxquels elles sont parfois confrontées, présentent des profils de nature à faire ressortir des questions ayant trait aux frontières. - Interactions entre langue et territoire à travers les situations de contacts de langues. Accent mis sur les résurgences de langues régionales ou minoritaires. Les notions de langue et de frontière sont, au départ, retenues dans des acceptions large et pas seulement linguistique interne et politique. - Un espace d'observation : l'Europe qui, à travers les nouvelles appréhensions des frontières qu'elle suscite en se développant politiquement, constitue un lieu d'observation significatif. - Une réalité culturelle basique, fondatrice sur le plan identitaire, avec des implications significatives dans les champs en particulier du politique, du culturel, des mentalités et des idéologies nationales également. - Observation et analyse de ces situations en observant la variabilité de la limite de langue à travers des paradigmes notionnels rattachés à des notions centrales de territoire, langue, frontière et contacts de langues. Les notions de variation, norme, standardisation, interférence, individuation et représentation figurent parmi celles qui furent évoquées en attendant de faire un premier bilan en fin d'année 2001 afin de préciser celles qui devront être plus précisément utilisées. - Un texte référence et miroir : la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires, convention du Conseil de l'Europe (CELROM), ouverte aux adhésions en 1992 et en vigueur depuis 1998.
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Les choix méthodologiques |
- Une approche globalement sociolinguistique articulée dans un cadre interdisciplinaire à des approches relevant du droit, de la géographie, de l'histoire, de la sociologie politique. - Des lieux d'observation choisis pour leurs caractéristiques exemplaires d'autres situations en Europe et correspondant aux pays suivants : France, Espagne, Autriche, Allemagne, Suisse. à l'intérieur de ces pays, des cas ou des situations (à partir de certaines langues) ont été retenus dans les régions suivantes : Aquitaine (occitan, basque), Alsace (dialectes, allemand standard), Asturies (asturien), Catalogne (catalan, perception du "valencien", occitan), Miranda (mirandais), Burgenland (croate), Allemagne du nord (platt), Grisons (romanche). - Utilisation après réflexion commune d'une analyse comparative en vue d'établir des bases pour une première approche typologique de notre objet. Dans cette optique, élargir notre base d'observation à un lieu d'expérimentation non-européen. Le cas du Canada, à travers une situation de contacts de langues en Ontario (nouvelle approche de la francophonie, en contact avec d'autres minorités, mise en rapport avec une référence légale majeure : loi fédéral sur les langues officielles du 28 /7/1988 en relation avec des lois de l'Ontario (1984 : tribunaux judiciaires ; 1986 : services gouvernementaux ; 1980-90 : loi sur l'éducation). - Accent mis sur les enquêtes de terrain auprès des acteurs et des utilisateurs, accompagnée avant, pendant et après du recueil d'une documentation préalablement ciblée. - Association à cette recherche, en réseau, d'universitaires et chercheurs français et étrangers et d'acteurs (juristes, responsables de politique linguistique, écrivains, par exemple).
Deux rencontres ont été organisées :
- " Contacts de langues, frontières, législation européenne : le cas de l'Espagne " le 24 novembre 2000 (5 communiquant, 2 discutants) - " Contacts de langues, territoires, législation européenne : approche comparée de l'exemple autrichien " les 29 et 30 mars 2001 (9 communiquants et une table ronde avec quatre intervenants)
Enquêtes de terrain dans le Burgenland (Autriche) et constitution d'une base de données à partir des enregistrement et de la documentation, à Miranda (Portugal).
Adjonction en cours d'année d'un volet littéraire : "Le territoire linguistique de l'auteur en langue minoritaire". En cours d'élaboration afin de préciser les langues, les auteurs et les collaborations.
Le thème " Les nouvelles articulations territoriales " a progressé vers une plus grande cohérence et unité en regroupant les problématiques et les trois projets autour des rapports entre territoires et frontières dans les trois registres du réel, La question qui se pose est : comment les nouvelles structures institutionnelles transnationales du type de l'Union Européenne, l'OTAN, l'OSCE interfèrent-elles avec les structures territoriales antérieures ? Qu'impliquent-elles comme nouvelles normes et valeurs, comme actions/activités en opposition avec les coutumes des sociétés qui leur sont soumises ? Par ailleurs, les normes imposées par l'Union Européenne, présentées comme des pôles d'excellence du développement économique et humain, supposent que tous les Européens s'y soumettent. Mais où s'arrête le territoire de l'Europe ? Les marges orientales sont encore instables et ont du mal à se plier aux exigences qui prévalent à l'Ouest (droits de l'Homme, démocratie, transparence). On a choisi d'étudier ces nouvelles frontières, en prenant comme thème de recherche : " Migrations, mobilités, déplacements dans un nouvel espace européen. Ajustement des règles ". Le travail de terrain du groupe " Les nouvelles articulations territoriales " est réalisé sur la frontière orientale de l'Europe que ce soit au centre ou au sud. Nous serons ainsi amenés à examiner la mobilité des personnes dans l'Union et aux marges orientales de l'Union, la transmission des images à travers les médias et avec ces flux migratoires, nous devrons nous poser la question de la frontière symbolique transportée par les migrants.
Trois exemples : l'espace du travail, l'espace des migrants et l'espace des médias.
En préalable une réflexion sur le concept de frontière dans les différentes disciplines concernées a été engagée.
Les 21-22 mai un séminaire international sur les frontières instables du sud-est de l'Europe a été organisé à la MSHA.
Le but était de travailler sur le concept de frontière en élargissant notre vision en faisant venir des chercheurs travaillant sur ce thème et en l'appliquant à la frontière du Sud-Est de l'Europe, non encore stabilisée. Lors de ce séminaire nous avons tenté d'analyser le jeu et les conflits de représentation ainsi que les stratégies des acteurs (étatiques ou non étatiques) sur le (les) problème(s) des frontières. Nous avons travaillé sur les stratégies et les représentations que les acteurs ont de ces frontières. Nous avons tenté de comprendre la construction symbolique des frontières dans l'imaginaire collectif et individuel. Comment cela entraîne des conflits de représentations et quelles sont leurs conséquences sur la politique régionale? Comment les acteurs tentent de reconstruire leurs systèmes de relations internationales et régionales ? Ce séminaire a réuni 15 intervenants (7 Français d'origine, un Grec, une Suédoise, un Chypriote Grec, un Chypriote Turc hellénophone, une Kurde Iranienne, un Français d'origine Kurde, un Français d'origine Serbe) et s'est achevé par une table ronde avec 5 intervenants. L'origine pluridisciplinaire des intervenants (politologues, historiens, géographes, anthropologues, sociologues) a permis des échanges très riches. Un autre aspect du thème 3 porte sur la "frontière" symbolique et le territoire imaginaire que transportent les migrants avec eux. Cela peut être vu à travers l'analyse sociolinguistique des pratiques langagières et des stratégies de construction identitaire des Kurdes en France, la langue étant le marqueur fort de l'identité. Un projet de recherche sur " Pratiques langagières et constructions identitaires dans la diaspora kurde de France " est mené en collaboration avec d'autres équipes extérieures à Bordeaux, en particulier Sahli AKIN [DYALANG], Hasan ELMAS [CETOB-TIDE],
La survie actuelle du kurde est due aux politiques d'autogestion linguistique élaborées et façonnées par les Kurdes eux-mêmes, (apprentissage et pratique dans les sphères des relations sociales et familiales, résistance linguistique à toute pénétration des langues officielles, etc.) Cette situation bien connue des locuteurs des langues minorées s'est traduite chez les Kurdes par un investissement de forts enjeux identitaires dans leur instrument de communication, qui apparaît dès lors comme le miroir de l'âme populaire, le dernier rempart contre tous les dangers qui menacent l'identité culturelle. Les objectifs de cette recherche :
1- étude des processus de transmission et d'acquisition du kurde dans la diaspora : il s'agit d'analyser le degré de loyauté linguistique (Fishman) des Kurdes vis-à-vis de leur langue maternelle. Comment une langue coupée de ses territoires d'origine peut-elle être transmise d'une génération à l'autre ? 2- étude de l'évolution du kurde dans la diaspora, des conséquences de contacts de langue et de culture françaises sur le kurde. Etude de la reconstruction et de la représentation de l'identité kurde. 3- étude des phénomènes d'appropriation et de représentation territoriales. Comment les Kurdes se représentent-ils le territoire qu'ils habitent ? Quelles sont les valeurs investies dans les représentations territoriales ? Comment le Kurdistan, en tant que territoire de naissance de la majorité des membres de la diaspora, mais non reconnu internationalement, est-il représenté ?
Enquêtes sociolinguistiques par questionnaire et entretiens semi-directifs.
Plusieurs sites : les régions parisienne, aquitaine, normande et alsacienne, régions où sont réparties d'importantes communautés kurdes. En fonction des résultats, d'autres régions pourraient également être visées par l'enquête.
Trois équipes travaillent sur ce thème : TIDE, DYALANG et CETOB-Paris VIII. Nous sommes en train d'élaborer le questionnaire. à l'automne, nous commencerons l'enquête. La recherche s'achèvera en février 2003 par l'organisation d'un colloque international sur les pratiques langagières et les constructions identitaires des Kurdes dans l'espace européen.
Isabelle Daugareih, Gilles Lepesant, Philippe Martin développent un programme interdisciplinaire (droit-géopolitique) sur " Frontières nationales et normes européennes, étude de processus d'européanisation en Hongrie et Pologne " qui porte sur trois aspects particuliers : - les accords d'association signés entre l'UE et les pays candidats, amorçant l'élargissement, l'exportation par l'UE de ses référents juridiques (comment les pays candidats transposent un certain nombre de normes ?), - les normes sociales dans le contexte des négociations (évolution du paysage syndical, des structures, des normes sociales), - la politique migratoire (modalités de l'intégration de la Pologne dans l'espace migratoire européen). Les frontières de l'Europe sont perçues plus comme des marges que comme une ligne potentiellement conflictuelle. Il y a une Europe des échanges, une Europe des flux migratoires, une Europe des normes juridiques, une Europe imaginée. C'est la mise en lumière de ces espaces, des dynamiques entre ces différentes Europes qui leur paraît intéressante. Quels sont les vecteurs de ces transferts de normes ? Qui sont les acteurs et comment s'opère la recherche de compromis entre le pôle diffuseur de normes (UE) et les pays candidats ? Les transferts en cours autorisent-ils le maintien de spécificités nationales héritées de diverses traditions ou signifient-ils l'intégration à un modèle européen en cours de formation et commun dans ses principales composantes à l'ensemble des pays membres ? Plusieurs missions sont prévues à l'automne 2001 : Bruxelles, Varsovie, Przemysl, Budapest, Debrecen.
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Le thème "Terroirs et territoires" |
L'objectif du groupe est de mener une analyse des mécanismes participant à la construction des concepts de territoire, d'identité régionale, de patrimoine. à travers les revendications de terroirs et traditions qui concernent les pratiques alimentaires, et particulièrement dans les mises en scènes des productions de bouche régionales, sont soulevés des enjeux à plusieurs niveaux : individuels, communautaires, économiques, culturels, politiques… Le régime alimentaire que l'on observe à un moment donné au sein d'une population particulière est le fruit d'une série de comportements individuels qui sont à la fois l'expression d'habitudes collectives et de choix personnels. Résultant du rattachement des individus à des références communes d'identité et de mémoire, la diversité des pratiques alimentaires que l'on constate au sein d'une formation sociale élargie - une région, par exemple - doit être abordée en tenant compte de l'existence de ces cadres collectifs. Cette diversité ne constitue toutefois pas une réalité figée. Comme toute "tradition", celles qui concernent l'alimentation n'ont cessé d'évoluer dans le passé. De multiples modèles alimentaires, véhiculés par différents canaux, concurrencent désormais ceux tirés du passé. Au cours des dernières décennies, l'accélération de l'urbanisation et les mouvements de populations originaires d'horizons géographiques et culturels très divers sont venus remodeler et complexifier les réalités locales. Enfin, les évolutions qui se sont produites au niveau de la production, de la circulation et de la distribution des denrées alimentaires ont profondément remanié les relations entre l'offre et la demande. La prise en compte de la dynamique des modèles locaux et du jeu des facteurs globaux qui contribuent à leur recomposition constitue une dimension essentielle de l'effort à mener pour analyser la diversité des comportements alimentaires. L'avantage d'inscrire cette recherche dans les limites administratives d'une région, c'est que celles-ci correspondent à un découpage précis, bien qu'arbitraire, à des choix politiques et financiers, donc à des impulsions et conséquences concrètes. De fait, les différents acteurs impliqués se réfèrent aussi naturellement à ces délimitations puisqu'elles correspondent à des contraintes et réalités de terrain. La pertinence de l'élaboration d'un atlas culinaire ne vaut que pour un moment précis, mais est pourtant utile pour élucider les rapports entre goûts et pratiques avec les conditions naturelles et l'histoire culturelle d'une région. Le produit " de terroir " ne concerne pas seulement les producteurs, mais une société locale tout entière. En tant que vecteur d'une identité, il relève de processus d'intégration au patrimoine local plus ou moins aboutis selon les situations. Cependant rien n'est plus mouvant que les notions de cuisine régionale et de produits de terroir, selon les représentations qu'en ont les diverses personnes interrogées. Une analyse des représentations de la nourriture et du système de valeurs socioculturelles qui sous-tendent les choix de consommation et les pratiques culinaires ainsi que l'idée de terroir. A titre exploratoire, il est prévu de dresser une cartographie de la diversité des "terroirs traditionnels" qui existent en Aquitaine et on en testera la pertinence pour une étude pluridisciplinaire. La validité de ce découpage spatial en terroirs est testée pendant les entretiens réalisés par les anthropologues du projet de recherche qui interrogent les personnes sur les connaissances qu'elles ont des traditions culinaires de leur lieu d'habitation et sur l'usage qu'elles en font éventuellement. Pour étudier le système alimentaire, il ne suffit pas de savoir ce que les populations choisissent comme aliment, il faut aussi connaître la manière dont elles les accommodent. L'étude de la "cuisine" (l'ensemble des opérations de transformations des aliments) est centrale quel que soit le point de vue disciplinaire que l'on adopte. La transformation des aliments, notamment le mode de cuisson, modifie profondément leur statut symbolique, leur rôle de marqueur social, aussi bien que leurs qualités nutritives. Les changements nutritionnels sont autant dus à une modification du choix des aliments disponibles qu'à celui des techniques de transformation à la disposition des ménagères. Cette transition technologique a aussi une influence profonde sur le contact que l'on a avec la nourriture, et sur les savoirs et les savoir-faire que l'on développe à son propos. L'enquête de technologie culturelle sur les instruments utilisés par les ménagères, les principales techniques et recettes qu'elles utilisent, ainsi que sur les sources où elles ont acquis leurs connaissances. Cette étude de la dynamique de la transmission des savoirs culinaires sera réalisée auprès de deux générations de personnes dans chaque ménage. On s'attachera à mesurer le rôle de la cellule familiale dans la construction de l'identité alimentaire, et on évaluera par la même occasion les autres sources du savoir (éducation scolaire, livre de cuisine, grands médias, voisinage) afin d'envisager les facteurs de modification du savoir culinaire et les tendances actuelles du changement. Cela est vrai des aliments et des plats dits "régionaux" ou "traditionnels" comme de ceux qui sont le fruit d'une innovation récente. C'est en interrogeant les personnes sur ce qu'elles savent, ou ignorent, des traditions gastronomiques des terroirs sur lesquelles elles vivent, que l'on déterminera le "poids" réel des traditions locales, et la valeur de cette notion.
Les géographes, politologues, sociologues et anthropologues du groupe ont choisi de travailler ensemble sur un même terrain, le canton de Sainte Foy-la-Grande en janvier-février 2001. Ils pourront ainsi confronter leurs approches sur un territoire et dans des terroirs marqués par la vigne et le vin et une identité protestante.
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Conclusion |
Ce rapide tour d'horizon de la mise en route de travaux et de collaborations entre équipes et disciplines différentes est prometteur, car il montre non seulement que s'amorcent des rapprochements thématiques et disciplinaires allant dans le sens d'une plus grande cohérence à l'intérieur des trois thèmes, qui pouvaient apparaîtrent moins bien coordonnés que celui sur les contacts de langues, mais aussi que la cohérence se renforce également au niveau de l'ensemble de l'axe 2.
Les frontières sous toutes leurs formes et le marquage des territoires à travers des pratiques migratoires, alimentaires, ou bien l'aménagement de lieux ayant un lien fort avec une mémoire identitaire, apparaissent plus ou moins nettement dans les quatre thèmes et peuvent constituer des interfaces dans le cadre d'un séminaire commun à l'axe 2 qui se tiendra en 2002.
Les quatre thèmes de l'Axe 2 ont progressé au cours de cette première année dans le sens d'une plus grande cohésion et d'un premier pas vers l'interdisciplinarité, de façon inégale certes. Des noyaux durs composés de quelques participants se sont constitués au sein de chaque thème, qui ont commencé à avoir un effet d'entraînement sur les autres participants. Des séminaires internationaux se sont tenus au sein des thèmes Contacts de langues et Articulations territoriales. Le thème "Mémoires, itinéraires, lieux" a tenu dans le cadre du CERVEL 4 séances de son séminaire sur "Mémoire et Temps". Quelques travaux de terrain ont déjà démarré, la plupart sont programmés pour la fin 2001 et le début 2002. Ce contrat d'objectif a permis de lancer une dynamique de collaboration interdisciplinaire entre équipes bordelaises membres de la MSHA. Les résultats tangibles en termes de production scientifique n'apparaîtront que dans le courant de l'année 2002 ou 2003. Il n'est pas possible d'avoir un parallélisme parfait entre les 4 thèmes, celui sur les contacts de langue est le plus avancé, Terroirs et Territoires l'est le moins, les 2 autres étant en position intermédiaire.
Michel Bruneau, le 3 juillet 2001