Séminaire "Formes du savoir"

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Présentation du séminaire "Formes du savoir"

Le séminaire "Formes du savoir" est le séminaire fondamental du projet. Il a pour but d'explorer les différentes questions soulevées par le thème même du projet : histoire matérielle du livre de science, lexique et problèmes de traductions, genre et formes des écrits savants, stratégies énonciatives, questions de style... Ouvert à tous, c'est aussi un séminaire de formation plus particulièrement destiné aux étudiants du Master HMPS (Histoire, Médiation et Philosophie des Sciences). Il donne la parole à des chercheurs confirmés, qui viennent y présenter leurs travaux, ainsi qu'à des doctorants.

Le séminaire a lieu le vendredi, de 13h30 à 16h30, dans la salle 2 de la Maison des Sciences de l'Homme d'Aquitaine.

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Calendrier du séminaire "Formes du savoir" 2014-2015

Les séances auront lieu le vendredi, de 14h à 16h30, à l'UFR Humanités (Université Bordeaux Montaigne bâtiment I, salle à préciser)

 

- Vendredi 30 janvier 2015 - Christophe Martin : "Fictions et savoirs philosophiques au XVIIIe siècle"

Résumé :

Jamais sans doute les liens entre fiction et savoir philosophique n’ont été plus étroits qu’au siècle des Lumières. D’un côté les philosophes recourent alors volontiers à des schèmes narratifs et fictionnels: la philosophie empirique impliquant l’usage d’une méthode historique et génétique, elle est fortement narrativisée, et marquée par la présence de prédicats actionnels et d’une temporalité puisqu’elle s’emploie à décrire une série de transformations entre un état initial et un état d’arrivée. Elle recourt en outre volontiers à des expériences de pensée de nature narrative et fictionnelle. D’un autre côté, toute une série de fictions (romans, contes, théâtre, dialogues…) s’efforcent alors non pas seulement d’être les vecteurs d’un savoir philosophique préalablement constitués, mais bien de devenir sujets d’une connaissance philosophique spécifique. En s’appuyant notamment sur l’œuvre de Montesquieu, Marivaux, Diderot et Rousseau, on tentera d’indiquer en quoi certaines fictions permettent, par leurs moyens propres, de déplacer certaines limites de la connaissance philosophique et de donner accès à des zones du savoir dont il n’existe (pour des raisons diverses) pas d’autres modes d’expression.

Présentation du conférencier :

Christophe Martin est professeur de littérature française à l’université de Paris-Sorbonne. Spécialiste du XVIIIe siècle, et en particulier de Fontenelle, Marivaux, Montesquieu, Diderot et Rousseau, ses recherches portent principalement sur les liens entre fiction, anthropologie et philosophie au XVIIIe siècle (Espaces du féminin dans le roman français du XVIIIe siècle, SVEC, Voltaire Foundation, 2004 ; « Éducations négatives ». Fictions d’expérimentation pédagogique au XVIIIe siècle, Garnier, 2010 ; La Religieuse de Diderot, Gallimard, 2010 ; Mémoires d’une inconnue. Étude de La Vie de Marianne de Marivaux, PURH, 2014). Il a (co)dirigé plusieurs volumes collectifs, parmi lesquels Violences du rococo, PU de Bordeaux, 2012, avec Jacques Berchtold et René Démoris ; Fictions de l’origine (1650-1800), Desjonquères, 2012 ; Les Lettres persanes de Montesquieu, PU Paris-Sorbonne, 2013 ; Rousseau et le spectacle, Paris, Colin, 2014 (avec Jacques Berchtold et Yannick Séité). Il fait partie du comité de direction des Œuvres complètes de Rousseau en cours de publication aux éditions Classiques Garnier.

 

- Vendredi 13 mars 2015 - Angela Axworthy : " La forme des traités de mathématiques d’Oronce Fine"

Résumé :

Le but de cette séance sera de présenter les différentes formes des traités de mathématiques d'Oronce Fine, premier lecteur royal de mathématiques sous François Ier. Seront notamment considérés les différences et les rapports entre la tradition des mathématiques « théoriques » et des mathématiques « pratiques » au sein de son œuvre, ainsi que la place qu'y occupent respectivement le latin et le français.

Présentation du conférencier :

Angela Axworthy a soutenu en 2011 une thèse de philosophie sur le statut des mathématiques dans l'oeuvre d'Oronce Fine, sous la direction de Joël Biard (Tours, CESR). Avant cela, elle a étudié le statut des mathématiques dans l'Italie du XVIe siècle au regard des préfaces aux éditions des Éléments d’Euclide de Niccolò Tartaglia, de Christophe Clavius et de Federico Commandino. Depuis septembre 2012, elle poursuit ses recherches au Max-Planck-Institut für Wissenschaftsgeschichte de Berlin, au sein du groupe dirigé par Vincenzo De Risi sur l'histoire de la géométrie moderne et le concept d'espace, tout d'abord en tant que post-doctorante, puis, depuis septembre 2014, en tant que "visiting scholar". Elle a travaillé, dans ce cadre, sur le statut ontologique des objets géométriques dans la pensée de Jacques Peletier du Mans, ainsi que sur l’interprétation de l’usage du mouvement en géométrie dans la tradition euclidienne renaissante

 

- Vendredi 10 avril : table-ronde : "Difficultés et enjeux de la traduction des textes scientifiques anciens: sciences naturelles, mathématiques et médecine".

Avec Jacqueline Vons, traductrice de la Fabrica d'André Vésale, Sabine Rommevaux, traductrice de Thomas Bradwardine et Nicole Oresme et Stéphane Schmitt, traducteur de Pline.

Sabine Rommevaux :

Sabine Rommevaux est Directrice de recherche au CNRS et Présidente de la Société française d'histoire des sciences et des techniques. Mathématicienne de formation, elle travaille sur l'histoire des mathématiques, sur les rapports entre les mathématiques et  la philosophie naturelle, ou encore sur l'algèbre au Moyen Age et à la Renaissance.  Elle est spécialiste, entre autres, d'Euclide, de Campanus, de Thomas Bradwardine, de Nicole Oresme ou de Christophe Clavius. Elle a en particulier publié Clavius : une clé pour Euclide (Paris, Vrin, « Mathesis », 2005), une traduction commentée des textes de Thomas Bradwardine, Traité sur les rapports et Nicole Oresme, Sur les rapports de rapports (Paris, Les Belles Lettres, 2010) et, en collaboration avec J. Biard, une édition de Blaise de Parme, Questiones circa tractatum proportionum magistri Thome Braduardini (Paris, Vrin, 2005). Comme elle l'explique sur son site (http://sabine.rommevaux.free.fr/recherche.html), elle "s’interroge sur les fondements de cette discipline [les mathématiques], sur le statut de ses objets, sur ses liens avec les autres domaines de la connaissance. [Elle] aborde l’histoire des mathématiques en cherchant à ne pas la réduire à une sociologie, ni à une histoire contextuelle, mais à mettre en évidence les conditions d’émergence des concepts et des théories (ces conditions étant souvent internes aux mathématiques ou suscitées par d’autres domaines)" au Moyen Age et à la Renaissance.

 

Stéphane Schmitt :

Biologiste de formation, agrégé et ancien élève de l’École Normale Supérieure de Paris, Stéphane Schmitt a entrepris un DEA puis une thèse en histoire de la biologie sous la direction de Michel Morange. Ce travail, portant sur l'histoire des conceptions relatives à la répétition des parties chez les organismes vivants (de la fin du 18e s. à nos jours), l'a amené par la suite à étudier les transformations de disciplines biologiques telles que l'anatomie et l'embryologie et l'émergence des sciences de l'évolution, avec un intérêt plus particulier pour la période 1750-1850. C'est sur la base d'un programme de recherche proposant un approfondissement de ces questions qu'il a été recruté au CNRS en tant que chargé de recherche puis directeur de recherche (dans le groupe SPHERE, Paris). Une grande partie de ses travaux de recherche porte sur les travaux de Buffon et leurs suites, et il dirige notamment une édition critique des œuvres complètes de ce naturaliste (Paris, Honoré Champion, 2007-, 8 vol. parus en 2014). Il a également réalisé une nouvelle traduction complète de la Naturalis historia de Pline (Paris, Gallimard, 2013).

 

Jacqueline Vons :

Jacqueline Vons est enseignant-chercheur honoraire de l’université de Tours, professeur agrégé et docteur ès lettres, habilitée à diriger des recherches. Elle est vice-présidente de la Société française d’histoire de la médecine, déléguée à la publication de la revue Histoire des sciences médicales. Elle travaille sur les textes médicaux de la Renaissance en latin, et s’attache plus particulièrement depuis une quinzaine d’années à l’œuvre d’André Vésale. La question de la traduction pour un texte aussi vaste et riche est essentielle, car la méthode scientifique initiée par Vésale dans la connaissance du corps s’accompagne de stratégies d’écriture nouvelles dont la spécificité doit être prise en compte.

Elle a publié la première édition critique et traduction commentée en français de l’Epitome aux Belles Lettres en 2008 et travaille actuellement avec Stéphane Velut, professeur d’anatomie à l’université François Rabelais de Tours, à l’édition et à la traduction en français du De humani corporis fabrica (1543) ainsi que des pièces liminaires des autres ouvrages de Vésale. Cette publication peut être consultée sur le site de la BIU santé :

La Fabrique de Vésale et autres textes. Éditions, transcriptions et traductions  
http://www3.biusante.parisdescartes.fr/vesale/debut.htm

Elle a également publié plusieurs livres sur la médecine à la Renaissance, ses rapports avec la cour de France et sur son enseignement en France, Pratique et pensée médicales à la Renaissance, Paris, BIUM-De Boccard, 2009 ; La Syphilis de Jérôme Fracastor (1530), texte édité, traduit et commenté sous la direction de Jacqueline Vons, Paris, Les Belles Lettres, 2011 ; Pouvoir médical et fait du prince au début des temps modernes, éd. par Jacqueline Vons et Stéphane Velut, Paris, Coll. Medica, De Boccard, 2011 ; Le Médecin, les institutions, le Roi. Médecine et politique aux XVIe et XVIIe siècles. Publication électronique sur Cour de France. http://cour-de-france.fr (avril 2012).


- Vendredi 24 janvier 2014 : reportée au vendredi 11 avril

Laurent Paya (Université de Montpellier) : Genèse des traités consacrés à l’art des jardins au début des temps modernes

Présentation du conférencier :

Ingénieur paysagiste (INHP, Angers) et Docteur en Histoire de l’art (CESR, Tours), Laurent Paya est spécialiste de la conception des aménagements paysagers et de la représentation graphique des projets. Comme membre associé au Centre d’Etudes Supérieures de la Renaissance (CESR, Tours) et au Centre de Recherches Interdisciplinaires en Sciences humaines et Sociales (Université Montpellier III), il effectue des recherches sur l’esthétique des jardins, des ornements, des décors, des paysages et des villes, en France et dans le monde, au début de l’époque moderne. Ces travaux axés sur l’élaboration et la circulation des savoirs artistiques, scientifiques et technologiques de la socialisation de la nature ont donné lieu à une série de publications.

http://umr6576.cesr.univ-tours.fr/equipes/page_personnelle.php?id=235

Résumé :

Vers 1550, la littérature européenne consacrée aux jardins rassemble des textes didactiques aux formes variées,  conjuguant plus ou moins le caractère artistique et la dimension technique de cet "art mécanique" :  compilations de lieux communs,  collections de secrets, recueils de poèmes agronomiques … Ces catégories dépendent entièrement d’une tradition médiévale de la construction des savoirs de l'économie rustique, associant l'emprunt aux textes gréco-latins à la restitution des expériences de terrain. Dans le dernier quart du XVIe siècle, l’écriture en prose et en langue vernaculaire l’emporte largement, tandis qu’augmente le nombre de pages consacrées à la description et l’illustration du Jardin de plaisir.

 

- Vendredi 14 février

Marylin Nicoud (Université d'Avignon et des Pays de Vaucluse): Les traités sur le thermalisme : histoire d’un genre et de livres médicaux

Présentation du conférencier :

Ancienne élève de l’Ecole normale supérieure de Fontenay-Saint-Cloud et agrégée d’histoire (1990), Marilyn Nicoud est ancien membre de l’Ecole française de Rome (1995-1998); elle y a été Directeur des études médiévales de 2004 à 2010. Après une thèse sur les Régimes de santé en Italie et en France, elle a soutenu une HDR sur les Discours et pratiques médicales aux derniers siècles du Moyen Age. Ses recherches portent sur les pratiques et les savoirs médicaux aux derniers siècles du Moyen Age, dans l’espace italien en particulier : histoire du thermalisme ; étude des phénomènes de médicalisation ; histoire de la santé et des professionnels de santé ;histoire de la diététique et de ses rapports avec l’alimentation.

http://cihamdrupal.ish-lyon.cnrs.fr/membres/marilyn-nicoud

- Vendredi 7 mars

Sabine Rommevaux : Exemple d'écrits mathématiques dans l'Occident médiéval latin.

Présentation du conférencier :

Sabine Rommevaux est Directrice de recherche au CNRS et Présidente de la Société française d'histoire des sciences et des techniques. Mathématicienne de formation, elle travaille sur l'histoire des mathématiques, sur les rapports entre les mathématiques et  la philosophie naturelle, ou encore sur l'algèbre au Moyen Age et à la Renaissance.  Elle est spécialiste, entre autres, d'Euclide, de Campanus, de Thomas Bradwardine, de Nicole Oresme ou de Christophe Clavius. Elle a en particulier publié Clavius : une clé pour Euclide (Paris, Vrin, « Mathesis », 2005), une traduction commentée des textes de Thomas Bradwardine, Traité sur les rapports et Nicole Oresme, Sur les rapports de rapports (Paris, Les Belles Lettres, 2010) et, en collaboration avec J. Biard, une édition de Blaise de Parme, Questiones circa tractatum proportionum magistri Thome Braduardini (Paris, Vrin, 2005). Comme elle l'explique sur son site (http://sabine.rommevaux.free.fr/recherche.html), elle "s’interroge sur les fondements de cette discipline [les mathématiques], sur le statut de ses objets, sur ses liens avec les autres domaines de la connaissance. [Elle] aborde l’histoire des mathématiques en cherchant à ne pas la réduire à une sociologie, ni à une histoire contextuelle, mais à mettre en évidence les conditions d’émergence des concepts et des théories (ces conditions étant souvent internes aux mathématiques ou suscitées par d’autres domaines)" au Moyen Age et à la Renaissance.

 

Résumé :

Les histoires générales des mathématiques font peu de place au Moyen Age latin. Pourtant, au delà de la production de résultats originaux, un des intérêts pour l'étude des mathématiques médiévales latines provient des formes d'écrits très divers qui les renferment : des traductions, parfois commentées et augmentées, de traités grecs ou arabes; des ouvrages de mathématiques pratiques; des traités théoriques rédigés selon la forme canonique des Eléments d'Euclide; mais aussi des chapitres de traités de philosophie naturelle ou de théologie; ou encore des "Questions" dans la tradition des disputes universitaires. Nous donnerons un exemple de chacun de ces types de textes en montrant comment ils influencent l'écriture mathématique.

Pour mémoire : séances du séminaire 2012-2013


- Jeudi 26 octobre 2012 (Université de Bordeaux 3, batiment I, salle I 305) 14h - 16h30

Valérie Worth-Stylianou (Oxford) : « Que tout cela eust mieux esté en latin, que en François » : l’emploi de la langue française dans la diffusion de la médecine des femmes au XVIe siècle en France.

Présentation du conférencier :

Valérie Worth-Stylianou est Professeur de français à l’Université d’Oxford (Trinity Collège). Titulaire d’un Doctorat en Littérature française de la Renaissance (dirigé par Terence Cave), elle a enseigné aussi à Rennes II, à King’s College London, et à Exeter University.

Ses recherches portent surtout sur la traduction et l’humanisme au XVIe siècle et au début du XVIIe siècle. Elle a publié de nombreux articles, et plusieurs livres, dont en 2007 (chez Droz) Les Traités d’obstétrique en langue française au seuil de la modernité. Des Divers travaulx d’Euchaire Rosslin (1536) à l’Apologie de Louyse Bourgeois sage-femme (1627). Depuis lors, elle a édité et traduit en anglais cinq ouvrages en français sur la médecine des femmes, à paraître en 2013 chez Toronto University Press sous le titre Caring Physicians and Surgeons. Pregnancy and birth in five medical treatises from early modern France (1581-1625).

Comme membre de l’équipe de l’Histoire de la traduction en langue française au XVIe siècle (dirigée par Véronique Duché), elle travaille également sur la traduction de la poésie latine à la Renaissance. Par ailleurs, elle prépare la première version intégrale en anglais des Tragiques d’Agrippa d’Aubigné.

Pour en savoir plus sur les recherches et publications de Valérie Worth-Stylianou, consulter ses sites :

http://www.birthingtales.org/ et http://users.ox.ac.uk/~lady2159/research_site/index.html/

Résumé :

Au cours d’environ un siècle, de 1530 à 1630, les textes médicaux en langue vulgaire sur la génération, la grossesse, l’accouchement ont connu un essor remarquable en France, ce qui nous amène à nous demander dans quelle mesure et pourquoi l’emploi de la langue française a remplacé celui du latin dans ce domaine de la médecine. Au contraire, le latin a-t-il néanmoins su résister aux percées de la langue vulgaire, notamment grâce aux traductions du français en latin ? En nous penchant sur plusieurs éléments de l’histoire de l’édition (les choix des imprimeurs, le format des livres, le rôle des illustrations) nous approfondirons nos connaissances d’un public en évolution, tant masculin que féminin, et qui comprenait des hommes de l’art, chirurgiens, apothicaires, sages-femmes, et des gens de lettres, comme Montaigne à qui nous empruntons la citation provocatrice « Que tout cela eust mieux esté en latin, que en François ».

 

- Vendredi 14 décembre (Université de Bordeaux 3, batiment I, salle I 305) 14h - 16h30

Nicole Jacques-Lefèvre (Paris X) : « L’obscur savoir des sorcières. Imaginaire démonologique d’un désir de connaissance »

Présentation du conférencier :

Nicole Jacques-Lefèvre est Professeur émérite à l’Université de Paris X Nanterre. Spécialiste de la littérature du XVIIIe siècle et des rapports entre la littérature et les discours du savoir et de la croyance, elle a publié de nombreux ouvrages et articles sur l’œuvre de Louis-Claude de Saint-Martin (1743-1803), l’histoire de la sorcellerie et les textes de démonologie de la fin du Moyen-Âge au XIXe siècle.

Résumé

Que sont les « sciences diaboliques », comment sont-elles transmises, quel est leur effet pratique ? Ce savoir est-il réel ou ne s’agit-il que d’un leurre ? Si les spéculations sur le savoir magique et les jugements sur la « curiosité illicite » sont très anciens, l’imaginaire démonologique, dans le cadre de la persécution des prétendues « sorcières jurées » (XVe-XVIIe siècles) trouve dans l’idée qu’une libido sciendi pervertie est l’une des motivations essentielles de la signature du pacte avec le diable une source de nouvelles cogitations. D’autant que ces auteurs désignent la femme comme la proie idéale des prestiges diaboliques, et que le déficit ontologique qu’ils lui imputent permet de nouvelles représentations – souvent ambivalentes – de la nature du savoir promis par le diable, des possibilités de son acquisition, ou des éventuelles modalités de son application.

 

- Vendredi 15 février (Université de Bordeaux 3, batiment I, salle I 107) 14h - 16h30

Philippe Glardon (Lausanne) : « Nomenclature naturaliste et perception de la nature à la Renaissance : textes botaniques du XVIe siècle et sources antiques »

Présentation du conférencier :

Après des études de Lettres en Français, Histoire et Histoire de l’art, et une thèse de doctorat sur l’histoire naturelle au XVIe siècle, Philippe Glardon poursuit ses recherches autour de l’histoire des sciences à l’époque moderne, avec un penchant particulier pour l’histoire de l’illustration scientifique. Il est collaborateur scientifique de l’Institut d’Histoire de la Médecine à Lausanne, et chargé de cours à l’Université de Lausanne (Faculté de Biologie et Médecine) et à l’Ecole Polytechnique  Fédérale de Lausanne, où il enseigne l’histoire des sciences (CDH, Collège des Humanités, Faculté des Sciences humaines et sociales). Par ailleurs, il est passionné d’ornithologie de photographie animalière, et participe à des études de terrain dans le domaine de la protection de la faune aviaire et de l’environnement.

Résumé :

À nos yeux de modernes, les traités des médecins naturalistes paraissent bien disparates, tiraillés entre une approche qui rappelle la nôtre, où les auteurs s'efforcent de décrire et d'identifier des espèces réelles, et des développements philologiques décriés par les historiens des sciences comme naïfs et obsolètes.Dans cette communication, l'auteur va essayer de donner quelques clés de compréhension de cette histoire naturelle de la Renaissance, qui n’est pas un bourgeonnement temporaire, né entre la « zoologie » médiévale, essentiellement symbolique et technique, et la biologie moderne née à la fin du XVIIIe siècle, mais un moment abouti de l’histoire de la pensée, des pratiques et du regard sur la nature, qui s’échafaude sur des bases solides, tout à fait caractéristiques de la Renaissance, autour de la réflexion sur les signes et leur interprétation, et qui se cristallise autour des points de convergence entre le langage humain et le langage naturel, d’origine divine.

 

 

- Vendredi 22 mars (Université de Bordeaux 3, bâtiment I, salle I 107) 14h - 16h30

Sophie Roux (ENS-Ulm) : « Anciens et nouveaux philosophes. L’empire de la philosophie naturelle en partage (1670-1690) ».

Présentation du conférencier :

Ancienne élève de l'ENS-Ulm et agrégée de philosophie, Sophie Roux a soutenu à l ’EHESS en 1996 une thèse d ’histoire des sciences, La philosophie mécanique (1630–1690). Elle a passé deux ans au Max-Planck-Institut-für-Wissenschaftsgeschichte, à Berlin, puis après quatre ans au Centre-Alexandre-Koyré, est élue, en 2002, MCF au département de philosophie de Grenoble II. Après avoir soutenu en 2010 son habilitation à diriger des recherches, Recherches sur la philosophie naturelle à l ’âge classique, elle est aujourd'hui Professeure au département de philosophie de l ’ENS-Ulm (2012).

Ses recherches ont pour cœur la philosophie naturelle du XVIIe siècle et portent aujourd'hui sur les trois thèmes suivants : Réception de la philosophie cartésienne, Mécaniques à l ’âge classique et Épistémologie générale.

Pour en savoir plus, consultez le site : http://disoauma.free.fr/

Résumé :

Il y a eu, tout au long du XVIIe siècle, différentes manières d'opposer la physique des "anciens philosophes" et la physique des "nouveaux philosophes". Une de ces oppositions a toutefois réussi à se stabiliser au-delà du moment où elle a été formulée, l'opposition selon laquelle l'œuvre de Descartes serait l'étalon en fonction duquel les œuvres tomberaient soit du côté de la physique des anciens philosophes, soit du côté de la physique des nouveaux philosophes. Cette opposition s'est constituée au cours d'une polémique des années 1660, opposant le parti cartésien, alors engagé dans une intense activité de propagande, et le parti anti-cartésien, qui fit condamner la physique cartésienne au motif qu'elle contredisait le dogme catholique de la transsubstantiation. De manière étonnante, ces condamnations prononcées au nom de la théologie catholique furent accompagnées de nombreux ouvrages polémiques qui étaient destinés à un large public d'honnêtes gens et dans lesquels la question était celle des principes ontologiques à employer en physique et des normes à mettre en œuvre pour proposer de bonnes explications dans ce domaine.

Une fois le contexte de cette polémique présenté, j'étudierai à la fois son contenu et sa forme. Je montrerai d'une part que les critiques des philosophes cartésiens que firent l'oratorien Jean-Baptiste de La Grange, l'évêque Pierre-Daniel Huet, et différents Jésuites (Ignace Pardies, Antoine Rochon, Louis Le Valois, Gabriel Daniel, René Rapin, et Honoré Fabri) répondaient systématiquement aux moqueries de Gérauld de Cordemoy, Jacques Rohault, Louis de La Forge, Bernard Lamy, Nicolas Malebranche ou Antoine Arnauld concernant les entités et les explications scolastiques. J'insisterai d'autre part sur ce que le recours à des formes d'écriture polémiques (repérables dans le format matériel des ouvrages, dans le choix d'une langue vernaculaire, mais aussi dans les procédures stylistiques) révèle en ce qui concerne ce qu'on pourrait appeler la pratique sociale de la philosophie naturelle — pour qui, comment, pourquoi écrire sur les principes de la philosophie naturelle ?

 

 

 

Pour mémoire : calendrier du séminaire "Formes du savoir" (2011-2012)


 

- Vendredi 2 décembre 2011: Catherine Lisak (Bordeaux 3) : "La vulgarisation des sciences physiques dans l’Angleterre Tudor et Stuart (1500-1645)"

Attention : exceptionnellement, cette séance aura lieu à l'Université de Bordeaux 1, bâtiment B 5, salle du Conseil de l'UFR des Sciences Biologiques.

Présentation du conférencier :

Catherine Lisak est professeur de littérature britannique à Bordeaux 3.  elle mène un séminaire sur le personnage de la première modernité en Angleterre, un séminaire sur la théorie de la réception au théâtre et en poésie et un séminaire sur l’esprit scientifique avant Newton. Outre le théâtre shakespearien, elle enseigne le théâtre contemporain (Tom Stoppard, Alan Bennett), ainsi que l’histoire des idées et des sciences à la Renaissance. Elle a en particulier organisé, en 2009, une journée d’étude au sein de l’unité de recherche d’appartenance l’EA 4201 « Lumières, Nature, Société » (LNS) de Bordeaux 3 : « L’animal et l’humain du XVIe au XVIIIe siècle », au Musée d’Aquitaine de Bordeaux (Guest speaker : Paul Yachnin).

Résumé :

La « vulgarisation scientifique » renvoie au phénomène de la propagation ou de la diffusion d’un savoir ni ordinaire, ni banal, et pourtant désormais mis à la portée du grand public. Si cette expression n’apparaît qu’à la deuxième moitié du dix-neuvième siècle sous la plume de Zola, elle fait référence au rapport que la science entretient avec le langage et la communauté indigènes, pratique discursive qui prend son essor dès la Renaissance. De 1500 et 1645, environ quatre-vingt dix pour cent des ouvrages scientifiques qui circulent dans l’Angleterre Tudor et Stuart sont publiés dans la langue vernaculaire. Quels sens donner à cette entreprise qui popularise les sciences physiques notamment, par des formes d’écritures à fonctions et à valeurs aussi variables que les connaissances qu’ils cherchent à transmettre ? Des travaux de Caxton aux traités de Recorde, Digges et Hood, de l’œuvre de Copland à celle de Francis Bacon, nous proposerons une lecture comparée de certains textes de la renaissance anglaise qui ont contribué à transformer le vernaculaire en matrice de connaissance scientifique.

 

- Vendredi 3 février : Mila Maselli : "Pierre Potier et ses Singulares Observationes: le savoir et l'expérience".

Présentation du conférencier :

Mila Maselli est doctorante à l’UFR LAC en « Histoire et sémiologie du texte et de l’image » à l’Université Paris 7 Denis Diderot, sous la direction de la professeure Françoise Lavocat. Rattachée au laboratoire CLAM, elle s’occupe du genre épistemique des observationes chez le médecin Pierre Potier (1581-1643 ?). Elle s’est aussi occupée des stratégies du secret et du topos du mensonge dans les écrits d’alchimistes français du XVIe siècle : « La Pierre n’est qu’une chose - aspetti di alchimisti francesi del XVII secolo » in Secretum, n.1/2006, Milano, Ed. Melquiadès (http://www.secretum-online.it, publié le 21/10/2006) et, plus récemment, des aspects rhétoriques du plaidoyer de Pierre Paulmier dans sa défense à la Faculté de Médecine de Paris (séminaire : L’éloquence de Pierre Paulmier, dans le cadre du cycle Pratique du dialogue et de la dispute dans les textes médicaux, 1450-1650. Tours, Centre d’Etudes Supérieurs de la Renaissance).

Résumé :

On sait de Pierre Potier qu'il est né à Angers, qu’il a exercé en Italie et est mort violemment à la seconde moitié du XVIIe siècle.  Médecin spagiriste, il a publié un traité des fièvres, une pharmacopée spagirique et trois centuries de Curationes et Observationes. Paracelsien convaincu, il a pourtant tenté une conciliation assez audacieuse entre le galénisme et la chimiatrie : ses Curationes ont connu quatre éditions en dix ans (entre l’Italie et l’Allemagne), sans compter la diffusion de son Opera Omnia, publiée de son vivant et rééditée après sa mort par ses acolytes en Italie, en France et en Allemagne (la dernière édition a été commentée par Friedrich Hoffmann en 1698). Entre le consilium pour les praticiens et le recueil encyclopédique de maux et de remèdes, les Curationes sont aussi une mise en récit de cas. Chaque curatio raconte une histoire, un malade (issu de milieux divers : nobles, soldats, gens du peuple, bourgeois), un type de consultation (à distance ? visite chez le malade ? dans quelles circonstances ?), un soin apporté. Il s’agit encore une fois d’une doctrine à divulguer, la chimiatrie, qui n’a pas encore trouvé sa place parmi les savoirs institutionnels. Et pourtant, dans ce type de communication scientifique, non seulement l’idée d’expérience spécifique et individuelle du médecin occupe une place majeure – et tout à fait inédite – dans la mise en forme d’un savoir, mais elle devient la première des autorités.

 

- Vendredi 9 mars 2012 : Adrien Pashoud (Lausanne) : "Les savoirs à l’épreuve de la pensée mystique : l’exemple de Jean-Joseph Surin (1600-1665)"

Attention : la séance est repoussée à 14h30

Présentation du conférencier :

Adrien Paschoud enseigne la littérature française à l'Université de Lausanne. Ses travaux portent essentiellement sur la culture jésuite des XVIIe et XVIIIe siècles. Il a publié "Le monde amérindien au miroirdes 'Lettres édifiantes et curieuses'" (Oxford, The Voltaire Foundation, 2008).

Résumé :

L'oeuvre spirituelle du jésuite Jean-Joseph Surin offre à n’en pas douter un point d’entrée privilégié dans la pensée mystique et dans la démonologie du second XVIIe siècle. Elle trouve son origine dans l’une des cas de possession les plus retentissants du règne de Louis XIII : l’affaire de Loudun (1632-1638), à laquelle Surin prit part en tant qu’exorciste. Un combat spirituel qui mena pourtant le jésuite aux confins de la folie. Peu après son arrivée à Loudun, en effet, Surin acquiert la conviction que le diable s’est « imprimé » dans « les pensées secrètes [de son] cœur ». S’ensuit alors un « temps de grandes ténèbres » qui empêchera le jésuite de parler et d’écrire durant près d’une quinzaine d’années, malgré de brefs éclairs de lucidité. Surin connaîtra cependant une rémission en 1654, date à partir de laquelle il rédige (ou dicte) une œuvre abondante, entièrement tournée vers la fusion extatique en Dieu. Le Triomphe de l’amour divin sur les puissances de l’Enfer (1654) et la Science expérimentale des choses de l’autre vie (1663) forment le récit rétrospectif et exemplaire – au sens rhétorique du terme – d’une délivrance ; surtout, ils constituent un témoignage d’une remarquable précision sur les territoires de l’irrationnel dans lesquels s’énonce une conscience en proie au plus grand désarroi spirituel, avant de recouvrer le « sublime état de la grâce ». Si elle est d’abord effusion devant les grandeurs célestes, l’œuvre de Surin relève également de l’exercice du jugement, de la prédication, de l’argumentaire polémique. Elle se situe à la croisée de plusieurs déterminations – théologiques, épistémiques, institutionnelles – qui innervent de plain-pied les modalités discursives du dessaisissement de soi, qu’il soit placé sous l’égide du diabolique ou du divin. Dans ce contexte, les conditions d’accréditation des faits observés revêtent une importance fondamentale ; l’expérience, entendue dans un sens baconien, devient un moyen indispensable à la connaissance des « choses de l’autre vie » ; elle témoigne plus largement d’un shift épistémologique qui verra s’imposer (en dépit de vives résistances) la preuve par induction, et ce dès la première moitié du XVIIe siècle. Cette herméneutique du sujet demeure cependant subordonnée à un foyer spirituel unique vers lequel converge le régime inductif ; elle n’a de valeur que parce qu’elle cautionne in fine l’argument ontologique. Les rhétoriques scientifiques – dont Surin maîtrise les codes – se constituent en opérateurs de croyance ; l’imagination, lorsqu’elle ouvre aux « chimères » et autres représentations délirantes, est écartée ; elle sera par contre hautement valorisée en tant qu’adjuvant de la foi, suivant en cela l’héritage légué par les Exercices spirituels de Loyola.

 

 

- Vendredi 6 avril 2012 : Myriam Marrache-Gouraud (Poitiers) : "Le cabinet de curiosités, « magazin du monde » à la croisée des enjeux du savoir"

Présentation du conférencier :

Myriam Marrache-Gouraud, agrégée de Lettres Modernes, est titulaire d’un Doctorat en Littérature française de la Renaissance. Elle enseigne à l’Université de Poitiers.

Outre ses recherches sur la fiction rabelaisienne, qui l’ont amenée à publier de nombreux articles, et un ouvrage,  elle mène aussi des recherches sur les cabinets de curiosités (XVIe-XVIIe siècles) : elle est l’auteur en 2004 d’une édition scientifique du cabinet de curiosités de Paul Contant (avec P. Martin, Jardin et cabinet poétique [1609], Presses Universitaires de Rennes). Depuis lors, webmestre du site http://curiositas.org, elle a publié différentes études consacrées aux cabinets de curiosités, orientant ses travaux sur les procédés muséographiques et rhétoriques de présentation de l’objet exotique ou merveilleux. Elle participe actuellement à la préparation d’une grande exposition sur les cabinets de curiosités qui se tiendra en 2013 au musée Sainte-Croix à Poitiers.

Résumé :

De princes ou d’apothicaires, les cabinets de curiosités s’imposent aux XVIe et XVIIe siècles comme des formes curieuses de présentation du savoir. En ces lieux non démocratiques, dont la visite est réservée à quelques initiés soigneusement choisis, les collectionneurs rassemblent et exposent des objets censés représenter ce que l’on connaît de plus singulier dans l’univers.

A l’origine, le cabinet de curiosités est conçu comme un microcosme, englobant tous les domaines de la nature (naturalia : éléments de la terre, de l’air, de la mer, monstres) et les savoir-faire humains (artificialia : objets artificiels). Le cabinet n’est jamais tout à fait éloigné d’une bibliothèque attenante, destinée à vérifier les connaissances.

C’est dire le rôle qu’ont ces premières collections privées dans la construction du savoir moderne, que celui-ci soit mis au service du prestige du propriétaire, ou au service de la compréhension du monde. Nous étudierons lors de cette séance les différentes formes de savoir qui sont à l’œuvre simultanément dans ces lieux, formes singulières, formes merveilleuses, formes expérimentales, formes artistiques et comme de mise en scène des savoirs, en nous intéressant, chemin faisant, à des cas particuliers d’avancées scientifiques permises par la pratique de la collection – cas des momies et des licornes par exemple.