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Centre d'études canadiennes interuniversitaire de Bordeaux

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Site créé le 10 oct 2000
Mis à jour le 04 juin 2010

Le CECIB

Programmes de recherche


Le CECIB, et avant lui le CEC Michel de Montaigne, présente dans ces pages les programmes et les bilans de nos recherches pluridisciplinaires sur le Canada.

Nous organiserons plusieurs journées d’études par an au cours des quatre années afin de préparer les colloques pluridisciplinaires annuels. Ces journées de même que les colloques impliqueront nos doctorants ainsi que les étudiants de nos divers Masters, lesquels incluent à Bordeaux de nombreux cours sur le Canada : spécialités de Masters d’Histoire, de Géographie, de Lettres, d’Études anglophones, et spécialité de Master pluridisciplinaire Religions et Sociétés. Nous avons pu par le passé apprécier l’enrichissement de nos débats lors de toutes ces rencontres.


Après le travail éditorial du comité de lecture de l’équipe secondé par des rapporteurs scientifiques extérieurs, plusieurs publications verront le jour. On trouvera les listes de communications des programmes de recherche précédents à la page Archives et une liste des publications du centre à la page Publications.

 

2007-2010


LE CANADA EN DEVENIR

Utopie, prophétie, prospective

Projet fédérateur

Le Canada, comme tous les territoires colonisés à l’origine par les puissances expansionnistes, naquit d’un projet, d’espoirs et d’espérances de gains matériels (la fourrure), symboliques (l’évangélisation), politiques (reproduction en Amérique du Nord des rapports de force entre nations européennes).

Tout pays, toute nation procède de la capacité à regarder vers l’avenir en l’idéalisant (utopie), en cherchant à le faire advenir (prophétie) ou, tout aussi irrationnellement, à croire que l’on peut savoir avec une relative certitude de quoi il sera fait (prospective). Le Canada est, à cet égard, un terrain d’étude privilégié, notamment du fait de sa proximité/altérité avec le voisin étatsunien, pays qui a construit son identité sur un universalisme prophétique postulant la supériorité de son système sur tous les autres et la conviction que ce système est l’horizon indépassable de toute évolution historico-politique. Rien de tel au Canada, nation qui n’en est pas vraiment une (à l’inverse des États-Unis), travaillée dans le temps et l’espace par une hétérogénéité qu’elle assume difficilement, et maintenant sa cohésion en dépit de l’absence d’un grand récit national, mal palliée par un système fédéral sujet à de trop nombreuses tentations centrifuges.

Dans ces conditions, on peut légitimement s’interroger sur les rapports historiques, culturels, politiques, économiques, spirituels et esthétiques entretenus par les Canadiens et le Canada avec l’avenir comme idée, comme texte, comme peur du lendemain et/ou aspiration nécessaire au lendemain. Les exemples sont multiples et déclinables à l’envi : là où les Américains pensaient leur histoire en termes de « destinée manifeste » plusieurs décennies avant que ce concept ne fût nommé au milieu du XIXe siècle, ceux appelés à devenir les Canadiens étaient tourmentés par la crainte de la perte de leur identité (Francophones catholiques redoutant l’absorption dans le grand ensemble anglophone protestant, Anglophones aspirant à rester britanniques et à éviter l’assimilation étatsunienne) à court, moyen ou long terme ; la peur ne s’est jamais dissipée, tant semble irrésistible depuis la fin du XIXe siècle l’hégémonisme américain dans tous les domaines et incontestable l’échec du continentalisme Est-Ouest dont rêvaient les Pères de la Confédération (ou, dans une veine parallèle, de l’isolationnisme catholique francophone).

Pays sans révolution dont l’histoire ressemble à un interminable catalogue de réformes destinées à donner à l’avenir des formes lisibles depuis le présent au regard du passé, le Canada met en scène une infinité d’expériences individuelles et collectives conditionnées par un rapport à l’avenir empreint d’incertitude et de pessimisme, que Margaret Atwood dans les années 70 avait tenté de synthétiser au travers de la problématique de la survie, mode d’appropriation de l’espace, de l’histoire, de l’expérience, etc., opposable à l’esprit de conquête qui semble être au principe de l’histoire étatsunienne.

Les termes « utopie », « prophétie », « prospective », sémantiquement contigus sans être synonymes, permettent de déployer un large spectre de questionnements sur la conscience de l’avenir au Canada, tant dans les discours historiques que dans ceux du présent, au travers (entre autres) des arts et notamment de la littérature, des mouvements religieux, partis politiques, politiques publiques (agriculture, l’évolution du climat, des pluies à la fonte des banquises). Ces thématiques très riches seront déclinées selon les axes énoncés ci-dessous.

 

Littérature

 

Seront interrogées les écritures francophones et anglophones travaillées par la question du devenir de soi-même, de l’autre et du pays tout entier, mais aussi démarches artistiques de tous ordres postulant le désir d’un certain avenir ou le rejet d’un autre (tel le Refus global de Borduas, excommuniant en bloc le projet de société duplessiste). Infiniment moins fermé à des évolutions internes que les États-Unis, prisonniers d’une identité historique intangible (qui nie l’inévitabilité de sa propre réécriture permanente,) le Canada reste dans toutes ses incarnations un espace d’expérience, d’ouverture vers le lendemain et, d’une certaine façon, de refus de l’historicisme.

On peut aussi voir la problématique littéraire de la survie – réponse de Atwood à l’anxiété d’un pays en quête d’identité propre– comme fondatrice d’un discours et d’un imaginaire culturel qui ne reflètent pas l’inspiration d’une grande partie de la production littéraire canadienne contemporaine. Les écrits dits ethniques qui ne puisent pas leurs sources dans le métarécit du contact avec le nouveau monde, dessinent leur horizon imaginaire autour d’une problématique de figuration/¬défiguration/¬refiguration des espaces et des histoires multiples. Ils ouvrent ainsi l’horizon d’une possible/¬impossible utopie canadienne qui dépasserait l’opposition avec les Etats-Unis. Ils remettent en cause les tropes et les a priori idéologiques régissant le principe d’unité qui sous-tend tout rêve d’utopie nationale tout en projetant de nouveaux espaces de rêves imaginaires : éclatés, anxieux, hybrides.

L’utopie, ce pays où l’on n’arrive jamais, affiche des vertus compensatoires lui permettant de s’ériger en contrepoint d’une réalité déceptive. Elle est, au Canada français, une seconde nature, une manière d’exister et de survivre dont les figurations variées rythment une Histoire puisant dans des utopies successives à la fois sa trame et son sens : projet grandiose d’une Nouvelle-France soucieuse d’essaimer, par toute l’Amérique, sa langue et sa culture ; idéologie passéiste figeant à jamais, dans la pérennité du temps suspendu, la trilogie terre / langue / religion ; chimère d’une natalité exponentielle submergeant, par le biais de berceaux revanchards, une anglophonie en déroute ; ou encore illusion d’une Révolution tranquille » dotant, sans violence ni véritable soubresaut, un pays encore inexistant d’une langue et d’une littérature censées suppléer à tous ses manques.

Que reste-t-il de tous ces espoirs, sinon des illusions perdues ?

Il s’agira donc de questionner l’Histoire et la littérature, de scruter le rôle herméneutique d’une utopie dévoilant, par son irréalisme même, les principales lignes de force d’une société en souffrance, vouée depuis l’origine à s’essouffler derrière des rêves trop grands pour elle.

Concernant le Québec, la thématique « utopie, prophétie, prospective » fera tout d’abord l’objet d’une étude diachronique qui permettra, à travers une mise en perspective du texte et du contexte, de prendre en compte les différentes formes qu’affecta l’utopie au cours des âges. Ainsi, la première moitié du XXe siècle cède au rêve expansionniste dont certains romans du terroir se font l’écho (par exemple Menaud maître-draveur de F.A. Savard). Les années 1960 entretiennent l’illusion d’une indépendance gagnée de haute lutte et les soubresauts de cette époque en effervescence se reflètent dans le baroquisme flamboyant d’un Hubert Aquin (Prochain épisode, Trou de mémoire). Toutefois, l’utopie la plus prégnante relève du rôle hyperbolique attribué à l’écriture : outre son habituelle fonction cathartique, elle endosse, depuis les années 1980 surtout, une mission rédemptrice comme si la mise en mots des maux suffisait à les abolir. Ainsi, dans une mise en abîme généralisée, le romancier devient le héros d’un grand nombre de fictions actuelles (romans de Jacques Poulin, Michel Tremblay, Régine Robin etc…)

Cette indispensable contextualisation devra, bien entendu, déboucher sur une synthèse et une réflexion synchronique. On observe en effet une corrélation entre la diminution de l’espace géographique, l’abandon du rêve expansionniste, et l’hypertrophie d’un espace textuel conduisant à la sacralisation du fait littéraire. Une question relative à la prospective doit alors se poser : géographique, politique, artistique ou littéraire, quelle sera la prochaine utopie du Québec ?

 

Géographie et aménagement

 

Villes et banlieues canadiennes entre utopie et prospective

Les villes modernes ou post-modernes sont au centre de contradictions multiples où se mêlent utopie, prophétie et prospective. Les villes nord-américaines, et particulièrement celles du Canada, sont exemplaires pour analyser les effets de la fondation des cités, de leurs évolutions et de leurs aménagements. Espaces de liberté et de mobilité, aires privilégiées de convivialité, elles sont les lieux où s’expérimente la citoyenneté et où s’exprime un légitime désir de droit à la ville ; mais au-delà d’un espoir d’intégration, elles sont aussi des sites où s’exacerbent les conflits et les inégalités sociales. Plusieurs géographes, aménageurs et urbanistes rassemblés dans l’UMR ADES 5185 du CNRS participent à l’analyse de ces mutations urbaines et proposent de s’engager dans la recherche en travaillant notamment à l’émergence d’une société  où les cultures urbaines s’imposent comme moteur de la gestion de l’espace dans un mouvement de déprise des valeurs industrielles. Ce renversement relatif entre espace de production et espace récréatif se traduit par l’émergence de nouvelles polarités spatiales autour de la culture, des sports et du tourisme. La diversification des activités, des institutions et des espaces de consommations culturelles, ludiques, sportives, touristiques, scientifiques et techniques deviennent des éléments majeurs des organisations urbaines et de leurs prolongements dans l’espace et participent à leur fonction économique, leur expression et leur représentation.

Dans ce jeu, l’espace urbain n’est pas un simple cadre ou support, mais devient un opérateur, un incubateur de la création de lieux et de sites, de pratiques et d’imaginaires. On rejoint ici les géographes anglo-saxons de la « new cultural geography » qui, dépassant la perspective d’un espace produit, valorisent celle d’un espace agissant résultant de rétroactions multiples. Les notions de médiations territoriales (G. DiMéo) ou encore de reliance (A. Berque) permettent de souligner une logique de co-construction structurelle et interactionelle entre cultures et espace d’action.

Ainsi se constituent des formes géoculturelles (hauts lieux, espaces publics, stations, sites, parcs, stades…), en lien avec le patrimoine naturel et culturel, qui participent d’effet géographique (B. Debarbieux) par le déploiement d’un ensemble d’actions concrètes dans un espace particulier. Ces formes qui existent selon des échelles et des registres variés soulignent l’interaction entre cultures et espaces et permettent une lecture géoculturelle  de l’univers urbain canadien et de ses prolongements.

On assiste à de nouvelles tensions entre processus culturels, territoires, cohésion sociale et aménagement prospectif. Les contours de ces tensions prennent des formes diverses selon la sensibilité accordée aux quatre variables suivantes : le rapport global-local, le rapport privé-public, le rapport gouvernement-gouvernance et le rapport autonomie-hétéronomie. Au-delà des instruments conceptuels et méthodologiques utiles à l’analyse de ces tendances, la recherche envisagée vise à privilégier les études comparatives avec des villes canadiennes et des régions européennes et nord américaines.

En effet, les villes post-modernes sont en compétition les unes avec les autres, à différentes échelles et pour différents objectifs. Cette concurrence pour le développement, l’allocation des ressources, et l’image n’a en définitive rien de véritablement nouveau, a fortiori  dans le Nouveau-Monde nord-américain. Mais elle semble s’intensifier et surtout se globaliser, en faisant fi désormais des vieilles frontières géographiques, du cadre local, et en prenant pour champ la planète tout entière. Comment les métropoles canadiennes s’insérent-elles dans cette quête généralisée de la richesse et de la notoriété ? Quels changements cette concurrence induit-elle dans la hiérarchie et l’attractivité nationales ? Dans quelle mesure, à quel titre et comment peuvent-elles entrer en concurrence avec les centres de commandement urbains du grand voisin américain ? Et en quoi peuvent-elles prétendre compter parmi les grands pôles futurs du monde globalisé ?

 

Histoire

 

A. Utopie et prophétie dans les récits nationaux francophones et anglophones au 19ème siècle (1837-1867)

À la suite des rébellions de 1837-38 aux Bas-Canada et Haut-Canada, les deux principales communautés en présence, les francophones et les anglophones, commencent à proposer à leurs membres des récits historiques et nationalistes propres à chaque groupe ethnique. Nous interrogerons ces textes (publiés), dans le contexte de la fondation d’une hypothétique nation, en montrant que ces textes que leurs auteurs voulaient mythiques, utopiques ou prophétiques, annonçaient l’impossible narration commune d’une histoire nationale… dont le Canada porte les traces aujourd’hui.

Les Canadiens francophones représentés par Michel Bibaud et le poète François-Xavier Garneau, considérés comme les deux historiens « nationalistes » de cette période, prirent en charge, dès 1838, l’écriture ou la ré-écriture du récit de la nation canadienne française au Canada. Évoquant ou imaginant un passé conquérant des francophones au Canada, Garneau, tout particulièrement, invente un passé mythique et prophétise à partir de ce dernier un avenir radieux et glorieux à sa « nation » canadienne française. Quelle mythologie évoque-t-il dans ce récit, quels prophéties élabore-t-il à partir de ce moment-clef qu’est l’écrasement et l’humiliation des Canadiens français par le rapport Durham ?

Au même moment, à la suite de la défaite des « patriotes » francophones, quelques colons britanniques (hommes et femmes) récemment émigrés dans le Haut- et le Bas-Canada en 1837 publient à titre individuel (mais en atteignant une portée collective), un récit de leur épopée récente. Le récit de l’émigration de familles bourgeoises désargentées, pèlerins ayant traversé l’océan de la Grande Bretagne vers le Canada, devient sous la plume de ces quelques auteurs, une narration collective et prophétique, annonçant un futur glorieux pour ces communautés de colons actuels et futurs. Ces récits écrits par des anglophones et destinés à la fois à des lecteurs britanniques en Grande-Bretagne, ainsi qu’aux Canadiens, vantent les mérites de ce nouveau monde comme terre d’élection pour des colons « méritants ». Les récits de ces colons prennent des accents évangélistes et réformateurs et ils mettent en avant l’idée d’une destinée manifeste, dans ce nouvel Eden, ni Angleterre, ni Etats-Unis, pour des colons qui intégreraient les nouveaux principes moraux, culturels et sociaux, développés dans ces récits.

Il est évident que ces deux ensembles de textes, basés sur des utopies et des prophéties radicalement opposées, portaient un discours nationaliste dont les fondements et les mythologies continuent de hanter le Canada aujourd’hui. Car si l'on mesure la cohésion d'une nation à sa capacité à se donner des objectifs communs, qui peut passer par un récit historique commun, alors on peut considérer que la nation canadienne est en souffrance. Selon Imre Szeman (Zones of Instability Literature, Postcolonialism and the Nation, Baltimore, London, John Hopkins University, 2003, p. 21),la littérature nationale ou plutôt l'absence de littérature nationale au Canada – et ses commentaires peuvent se rapporter au récit historique -reflète la difficulté de la nation qui les porte à exprimer un projet national ou communautaire clairement identifié, "literature and the nation continue to function as literature embodies/reflects/expresses a culture that happily resides in the defined and determined space of the nation (Szeman p. 18.)."

B. Le Canada, pays des richesses à venir : Une approche historique des discours sur les ressources naturelles du Canada et leur mise en valeur

L’immensité du territoire canadien a toujours semblé ouvrir aux Européens – qu’il s’agisse des premiers colons ou des autorités métropolitaines – puis aux Canadiens eux-mêmes, de brillantes perspectives. De fait, la Nouvelle-France puis le Canada ont, depuis le début du XVIIe siècle, vécu au rythme de l’exploitation de ressources naturelles en apparence illimitées. On retiendra, entre autres, les campagnes de la vallée du Saint-Laurent ; les fourrures des forêts du Pays d’en Haut ; les ressources maritimes, en particulier la morue, des provinces atlantiques ; le bois de l’Ontario ou de la Colombie-Britannique ; les plaines de l’Ouest ; l’hydroélectricité du Québec ; enfin, depuis une dizaine d’années à peine, les schistes bitumineux de l’Alberta. Autour de ces richesses, supposées ou réelles, épuisées ou encore présentes, s’est construit un ensemble complexe de discours sur les enjeux et les modalités de la mise en valeur économique et technique du Canada, dont certains se rapportent, mais sans pour autant s’y fondre, à la thématique de la frontière.

Ils ont été tenus, tout au long de l’histoire de ce pays, par des gens très divers, des écrivains, des voyageurs, des notables, des hommes d’Église, des agromanes ou des agronomes, des journalistes, des hommes politiques locaux ou nationaux ou encore des administrateurs impériaux ou des fonctionnaires du gouvernement fédéral et des différentes provinces. Quel que soit le régime, ils ont toujours eu des répercussions intenses sur l’identité des Canadiens et leur rapport à l’espace, et ils ont pu, à l’occasion, être utilisés dans les grands débats politiques du pays, en particulier dans la seconde moitié du XXe siècle.

Certains de ces discours peuvent même être qualifiés d’utopies. Ainsi, certains officiers militaires français n’ont pas hésité à rédiger de vastes projets de mise en culture des terres de la Nouvelle-France qui étaient aussi des mises en ordre de l’espace social selon des modèles agraires que l’on a retrouvés, au XIXe siècle, en Algérie.

Comment ont été envisagées, au cours de l’histoire, les modalités du développement économique du Canada ? Comment a évolué le regard sur les richesses économiques immenses que recelait ce pays, en particulier sur celles issues de la terre, de l’eau et du sous-sol ? Comment ont été perçues les campagnes en général et l’agriculture en particulier ? Quel rôle ont joué l’Église et ses représentants en la matière ? Enfin, comment ont évolué les différentes communautés – anglophones, francophones ; européennes, amérindiennes – et les différents pouvoirs – politiques, religieux – vis-à-vis des prospectives sans cesse réévaluées à propos des ressources canadiennes ?

 

Religion

 

Ces études se rattachent aux problématiques du Master religions et sociétés, dirigé par la responsable du PPF, Bernadette Rigal-Cellard, qui couvre l’histoire et les cultures des religions dans le monde et s’attache notamment à analyser les rapports entre la prophétie religieuse et les messianismes nationaux.
Dans la continuation de nos travaux sur les missions de l’extrême au Canada, nous analyserons les prophéties qui proclament depuis le début du peuplement européen le Canada terre d’élection divine, et leurs prolongements actuels dans le contexte multiculturel, notamment en relation avec les peuples métis et autochtones, cible de toutes les évangélisations et de toutes les constructions utopiques.

Seront étudiées les grandes utopies religieuses historiques et contemporaines, notamment les entreprises missionnaires et le discours des prophètes guidant les enthousiastes : ainsi les communautés des Moraves, des Hutterites et  celles des Doukhobors qui refusent de percevoir leur entreprise comme utopique mais au contraire la considèrent comme la preuve de la possibilité de réaliser sur terre le dessein divin.

Nous analyserons aussi les utopies oblates et jésuites des dernières décennies du XXe siècle, trop peu connues. À l’inverse des pionniers de la Société de Jésus (XVIIe et XVIIIe siècles) qui enfermaient leurs ouailles évangélisées dans des réductions à l’abri des Sauvages païens, aujourd’hui les pères oblats dans les Territoires du Nord-Ouest, ainsi que les pères jésuites de la région des Grands Lacs veulent croire au miracle de l’inculturation du catholicisme. Ils ont fondé des communautés catholiques autochtones ouvertes sur le monde afin qu’elles parviennent à l’autogestion. Ne s’agirait-il pourtant pas que d’une énième utopie ? Quel avenir peut-on prédire à ces expériences d’un nouveau type de syncrétisme ? Leur fondement, davantage chrétien qu’autochtone, n’est-il pas radicalement en opposition avec l’utopie que se remettent à chérir les Autochtones, celle d’un monde où ils seraient à nouveau maîtres de leur destin ?

 

Politique

 

La fédération canadienne : utopie ?


Quel projet pour la fédération canadienne ? Il est marqué par la crainte de la fission et l’ambition de réaliser un état-nation d’un type nouveau, fondé sur l’adhésion de communautés variées à un socle de valeurs et de pratiques communes, dans le partage d’une large autonomie. Les forces centrifuges, notamment provinciales et culturelles, à l’Est (Québec) et à l’Ouest (la fameuse « aliénation » des Provinces de l’Ouest, analysée notamment par la thèse en cours de Florence Cartigny de Bordeaux 3), renforcées en quelque sorte par la cure d’amaigrissement de l’État fédéral dans les années 1990 et le transfert de postes budgétaires vers les gouvernements locaux laissent entrevoir une possible rupture entre Ottawa et le reste du pays, en particulier ses deux extrêmes régionaux.

La politique désormais plus que trentenaire du multiculturalisme semble aussi, contre ses propres objectifs initiaux, abonder dans le sens des fractures de la société, en contribuant à figer les cultures et affiliations ethniques, et en juxtaposant les groupes d’appartenance sans développer les formes d’une identité et d’un attachement communs. Ces constats alimentent le discours de la crainte envers le futur de la nation. Pourtant, dans le même temps, les Canadiens appréhendent, développent et entretiennent des formes du vouloir-vivre-ensemble qui leur sont tout comme elles leur apparaissent spécifiques, et auxquelles ils se montrent très attachés. Au point d’en faire un des éléments de leur particularité – canadianité – ainsi qu’une source de fierté nationale. Comment se perçoit l’avenir du pays, dans la sphère politique professionnelle, dans le petit monde des intellectuels et « prospectivistes », et enfin selon le « sens commun », au niveau individuel ? Quels sentiments, de la crainte ou de la confiance, semblent devoir au final l’emporter ?

 

Art et culture

En quête de définition d’un projet sociétal / national commun ou à la remorque de la société civile et de ses évolutions ?


Il s’agira de se demander si l’activité des créateurs et les responsables des politiques culturelles du Canada visent à définir voire parviennent à tracer sui generis des lignes de fuite susceptibles de devenir des horizons directeurs à l’identité collective et au projet du vivre-ensemble national ou s’ils ne font qu’enregistrer / consigner des évolutions « hétérogènes » (ou représentées comme telles) de la société civile et de l’élaboration du bien commun.

Autochtones

 

La thématique "Utopie, prophétie, prospective au Canada" nous conduira à nous interroger sur le renversement opéré par la reconnaissance constitutionnelle des peuples autochtones en 1982 et les mutations des relations avec ces peuples au Canada et au Québec, même s’ils ne représentent plus qu'une petite partie de la population.


On peut se demander s'il est envisageable que l'État renonce à sa posture historique de puissance dans ses rapports avec les autochtones. Cette position semble impossible, en droit constant, la Cour Suprême prenant soin de permettre au pouvoir fédéral de contraindre, au besoin, les peuples autochtones dans l'exercice de leurs droits constitutionnels au sein de l'État.


Une alliance de type "post-colonial" qui tendrait à instaurer au sein de l'État un régime de partage de la souveraineté et du territoire entre les peuples autochtones et l'État semblerait-elle davantage envisageable ? Quelle fonction peut jouer la prospective économique et juridique pour faire avancer le développement durable ?
Ne subsiste-t-il pas un grand écart entre la vision utopique que fabriquent les non-autochtones des communautés indigènes comme enclos édénique et celle à laquelle les Autochtones eux-mêmes souhaitent aboutir, vision qui n’est souvent que la représentation rêvée d’un passé arcadien, une autre figure de l’utopie.

 

Rapports d'activité

 

Les rapports d'activités annuels du Cecib depuis 2009 sont disponibles ici.

2003-2006

Déclaration de politique scientifique

La politique scientifique pour la période 2003-2006 sera centrée sur la double perspective disciplinaire et interdisciplinaire qui constitue l'originalité du Centre d'études. Une équipe renouvelée accueillant de jeunes enseignants-chercheurs et des doctorants s'est constituée dans cette perspective.

La perspective interdisciplinaire sera articulée autour des trois notions:" territoires, communautés et nations " pour la période 2003-2006

Renforcer l'interdisciplinarité pour permettre des recherches sur des objets complexes, en jouant sur la dimension internationale, est une des originalités du CEC Michel de Montaigne. Cette visée qui s'impose pour un centre regroupant des chercheurs issus de six UFR de l'Université a été initiée dans le quadriennal 1995-1998 autour du thème des représentations de l'espace canadien et poursuivie lors du quadriennal 1999-2002 autour du thème de l'extrême.Ces deux thématiques ont donné des résultats qui peuvent être évalués par le nombre de publications et de colloques organisés. Le conseil scientifique de l'équipe d'accueil a choisi pour le quadriennal 2003-2006 un thème de programme plus large, articulé autour de trois notions clés " territoires, communautés et nations "

Ces trois mots peuvent être considérés comme des opérateurs de polarisation dont l'étude doit favoriser une confrontation interdisciplinaire et un renouveau des approches analytiques. Le Canada est exemplaire par la diversité de ses territoires, la multiplicité de ses communautés et les questions posées autour de l'idée de nation (premières nations, nations fondatrices, nation canadienne…).

La notion de territoire est largement utilisée aujourd'hui par les sciences sociales, mais le terme reste polysémique car il désigne à la fois un espace organisé et un espace conscientisé. En tant qu'espace organisé, il joue un rôle indispensable d'organisation et de régulation politiques, et en tant qu'espace conscientisé, il se trouve enrichi par le sens que les sociétés lui confèrent. Si l'on admet que le territoire est de plus en plus valorisé par les significations que lui donnent les sociétés et sur lequel elles agissent, on comprend mieux son renouveau et son caractère pluriel. Ainsi, au-delà des espaces administratifs, la prolifération des territoires au Canada est une tendance forte favorisant une réflexion croisée avec les notions de communauté et de nation.

La notion de communauté s'applique à un groupe social uni par des intérêts de même nature avec quelques fois des origines communes et parfois un territoire commun. La communauté implique des liens forts et signifie qu'il y a une adhésion volontaire, une prise de conscience visant à mettre en commun quelque chose. En développant, dès 1971, un ensemble de mesures visant à favoriser les différentes communautés du pays, le Canada a ouvert un large débat autour du multiculturalisme où s'opposent diverses conceptions à la fois institutionnelles et territoriales.

La nation évoque dans le langage courant un pays souverain et le mot a acquis sa reconnaissance et parfois la majuscule pour désigner une population qu'unissent une histoire et une culture commune, qui vit le plus souvent sur le même territoire et si possible sous l'autorité d'un même État. Il est courant de considérer que le Canada est une nation en construction dans la mesure où les problèmes liés aux peuples autochtones qui se considèrent comme des nations distinctes, mais aussi ceux liés au nationalisme québécois laissent largement ouverte la question de l'institutionnalisation du territoire canadien.

L'articulation de ces trois notions présente l'intérêt de proposer un thème fédérateur pour des entrées multiples où l'étude des littératures francophones et anglophones, des communautés religieuses, des francophonies minoritaires, des cultures urbaines et régionales, des recompositions territoriales et des peuples autochtones pourra trouver un champ d'investigation privilégié.

La perspective disciplinaire associera les enseignants-chercheurs de six UFR de l'Université Michel de Montaigne. Chaque équipe disciplinaire utilise les acquis des travaux antérieurs et propose des ouvertures nouvelles dont certaines peuvent être résumées :

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- Géographie et aménagement : responsable Jean-Pierre Augustin

La perspective géographique et aménagiste sera centrée sur les transformations urbaines, les aménagements et les innovations socio-culturelles qui résultent à la fois des initiatives communautaires et des actions entreprises par les collectivités locales et l'État ; les recherches portent surtout sur les villes de Montréal et de Québec. L'étude de plusieurs secteurs a été privilégiée et l'analyse des quartiers sélectionnés vise à souligner diverses caractéristiques en insistant sur les visages de la multi-ethnicité, le fonctionnement des équipements culturels et sportifs et la cohabitation dans les espaces publics. Une attention particulière est réservée à la question de la consultation publique. Ces recherches s'inscrivent dans la suite des travaux menés avec plusieurs universités du Québec, et notamment l'INRS-urbanisation, le groupe " culture et ville " de Montréal et l'UQAM. Des thèses sont en cours sur ce thème (Florence Paulhiac et Cécile Poirier) ainsi que plusieurs maîtrises de géographie urbaine.

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- Littérature québécoise et canadienne anglophone : responsable scientifique : Marie-Lyne Piccione

Reflets des civilisations où elles s'épanouissent, les formes littéraires sont foncièrement tributaires des circonstances et la littérature ne saurait, en aucun cas, se réduire au rang d'objet esthétique sans rapport avec la vie commune ou avec ce que nous appelons " le réel ". C'est donc dire que dans la configuration canadienne où les notions de pays, d'état, de nation restent problématiques, les textes fictionnels restituent " cette fragilité " et miment, par leur incohérence, les incertitudes d'un " pays incertain " : fragmentés, défaits, chaotiques, ils se veulent " en pièces détachées " à l'image d'un Canada né de la juxtaposition de " provinces " hétérogènes.

Mais, curieusement, le dénigrement systématique des structures étatiques s'assortit d'une mise en valeur de la communauté :assumée, plus qu'imposée, elle protège sans aliéner et forge ces repères dont l'homme désorienté a plus que jamais besoin. Il s'agira donc d'étudier la communauté en tant que facteur d'appartenance et d'ordonnancement en se demandant si l'harmonie qu'elle implique trouve dans la littérature une illustration formelle et adéquate.

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- Histoire : responsable Sylvie Guillaume

Premier volet La perspective historique vise à étudier la francophonie hors Québec, notamment à partir des textes fondateurs (la charte canadienne des droits et libertés, les lois sur les Langues officielles de 1969 et 1988 ainsi que les législations provinciales avec l'exemple de l'Ontario) ; un réseau de recherche a été mis en place avec les Universités de Toronto et d'Ottawa. Cette approche à dimension juridique et historique sera complétée par une étude socio-linguistique, le but étant de souligner l'évolution et la place de la francophonie hors Québec, de connaître les effets d'une politique du bilinguisme sur la langue minoritaire. Cette recherche se réalisera en complément de celles menées sur les francophonies hors Canada à la MSHA.

Deuxième volet La revente des fourrures des nations amérindiennes du Canada en Europe aux 16-17e siècles. Bernard Allaire. Ce projet se veut une contribution à nos connaissances sur les liens économiques qui unissent les communautés des continents américains et européen au XVIe et au XVIIe siècle. Celui-ci s'inscrit dans le prolongement d'une thèse de doctorat en 1995 (" Le commerce des fourrures d'origine canadienne à Paris, 1500-1632 ") et de la publication d'un livre en 1999 (Pelleteries, manchons et chapeaux de castors) qui mettaient en évidence la présence en France de fourrures obtenues des Amérindiens, leur émergence graduelle sur le marché français au XVIe siècle et la précocité de leur emploi par les artisans parisiens. La mise en place de ce premier lien commercial entre les habitants de l'Europe et du continent nord-américain fut lourde de conséquences puisqu'elle incita, dès le XVIe siècle, les administrateurs français à croire en la réussite d'un projet colonial canadien rentabilisé par les profits du commerce des fourrures.

État de la question: Si des recherches, pour la plupart récentes, menées par des historiens (Turgeon, 1986, 1990; Quinn, 1979), des ethnohistoriens (Trigger, 1976, 1985) et des archéologues (Bradley, 1987; Fitzgerald, 1990; Moreau, 1991; Turgeon, Fitzgerald et Auger, 1992) tendent à préciser les origines des objets de traite européens ou les réseaux commerciaux en Amérique du Nord, il n'y a pas eu jusqu'à présent d'études approfondies concernant l'introduction des fourrures américaines sur le marché européen au XVIe siècle et à propos des conditions économiques ou sociales qui ont influencé le développement de cette activité commerciale avec les Amérindiens du Canada. En effet, les historiens qui ont abordé cette question ont traité du Moyen Âge (Delort, 1978) ou bien des XVIIIe et XIXe siècles (Wien, 1990; Brown, Eccles et al., 1994); encore personne ne s'est intéressé à la période charnière du XVIe siècle, qui correspond à l'arrivée des premières fourrures d'origine canadienne en Europe, mais surtout, aux transformations qui en ont découlé. Si depuis quelques années, grâce aux recherches dans les archives notariales des villes françaises (Turgeon, 1986; Bois, 1990; Allaire, 1992), on commence à découvrir la réalité de ce contact en "arrière-plan" liés à la traite des fourrures, l'importance de sa configuration européenne au XVIe siècle reste toujours à déterminer. Notre objectif est donc de connaître la nature de ce commerce transatlantique, d'évaluer son ampleur, de retracer ses itinéraires, d'en identifier les acteurs et de cerner les mécanismes qui ont favorisé le développement de ce lien.

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- Communautés autochtones : responsable Bernadette Rigal-Cellard

Premier volet Nous prolongerons le travail réalisé lors du précédent quadriennal sur les autochtones par une nouvelle recherche sur leurs problèmes politiques et juridiques. Analyser les modalités successives de tentatives de définition de ces communautés correspond très précisément à notre problématique. Irma Arnoux se penchera sur trois catégories de droits (les droits territoriaux dont l'étude n'est pas épuisée par le contenu de traités spécifiques ; le droit coutumier des " bandes " et la place de ce droit, par définition non écrit, dans le droit canadien ; le droit à l'autonomie gouvernementale et les contours de ces formes d'autonomie) revendiqués par les autochtones dans une perspective comparée notamment en mettant en regard les droits canadien et français avec le droit international, en particulier avec la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones qui est en cours d'élaboration et qui participe de l'activité normative tendant à assurer la protection identitaire.

-Deuxième volet L'expression spirituelle communautaire de ces nations sera également abordée en conjonction avec le volet " religion ". Deux des thèses dirigées par B. Rigal-Cellard de l'EA portent sur les communautés autochtones. Celle de Josette Faure (résidant à Vancouver depuis 30 ans) étudie la relation entre l'art de la région de Vancouver et la spiritualité indienne. Elle doit être soutenue en 2002.

Celle de Dimitri Portier étudie les relations entre deux communautés antagonistes, celles des Premières Nations qui revendiquent l'exclusivité de la gestion des forêts et des territoires qui leur ont été dérobés, et celle des compagnies forestières, américaines pour la plupart. Dimitri Portier étudie ces conflits dans le cadre juridique des renégociations de traités.

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- Cinéma : responsable Jean-Paul Gabilliet

Le triptyque " Nation, territoire, communauté " pose la question de l'identité collective, de l'ajustement du groupe humain à l'espace qu'il occupe et de la manière dont il l'occupe. C'est une préoccupation qui traverse la littérature et le cinéma canadiens en raison, d'une part, de la proximité géographique et mentale des Etats-Unis, voisin envahissant, à la fois modèle et repoussoir de l'expérience politique et sociale canadienne ; d'autre part de la spécificité du Canada comme espace de cohabitation d'abord forcée entre deux peuples fondateurs, puis ultérieurement revendiquée avec des nouveaux venus en provenance du reste du monde. La terre, la ville, la frontière, le Nord, sont autant de modalités du territoire dans l'expression canadienne comme espace de citoyenneté et expérience de la nation.

Parallèlement, les expériences canadiennes de la nation et de la communauté sont radicalement distinctes de leurs parallèles états-uniens, infiniment plus " fragmentées " en raison de l'absence de tout discours unificateur historique (alors que les discours de ce type surabondent aux Etats-Unis). Cinéma et littérature témoignent de ces spécificités collectives en construisant des récits et des représentations de cette culture politique sans ancrages profonds, d'une histoire nationale improbable où les individus peinent à se reconnaître dans quelque récit collectif que ce soit. Parmi le corpus envisagé : les œuvres du cinéaste Pierre Perrault. Le CEC possède une importante collection de ses films (obtenue auprès de l'Office National du Film du Canada). Les films long métrage sur les communautés autochtones ou québécoises traditionnelles (La Bête lumineuse, le Goût de la farine, le Retour à la terre, Pour la suite du monde, etc.) feront l'objet d'une analyse particulière dans l'optique de la thématique du quadriennal.

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- Communautés linguistiques et culturelles : responsable Françoise Haremboure

Au moment où les contacts interculturels se multiplient avec l'essor des technologies de information et de la communication (TIC) et relèvent de l'expérience quotidienne dans nos sociétés multiculturelles, le développement de la compétence de communication interculturelle devient un véritable enjeu. Il conditionne la réussite des rencontres et des coopérations entre individus appartenant à des communautés de langues/cultures différentes.

Alors qu'en Europe, la thématique de la reconnaissance linguistique et culturelle est entrée tardivement dans le débat, le traitement de la diversité linguistique et ethnoculturelle a marqué l'histoire du Canada et du Québec. Elle a fait l'objet de travaux significatifs de la part de la communauté des chercheurs. Les contributions de Charles Taylor et Will Kymlicka dans le domaine du multiculturalisme et de nombre de leurs collègues canadiens et québécois sur l'ethnocentrisme, l'acculturation ou encore le relativisme culturel éclairent la problématique de l'éducation interculturelle et plus précisément celle de la compétence de communication interculturelle. En ce sens, elles constituent un apport dont on ne peut faire l'économie lorsqu'il s'agit d'affiner les obstacles au développement de cette compétence et les conditions de sa construction dans le cadre de l'enseignement/apprentissage des langues-cultures et notamment de la langue anglaise et des cultures anglophones.

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- Communautés religieuses : responsable Bernadette Rigal-Cellard

L'étude du fait religieux déjà en cours sera confortée durant ce quadriennal. La thématique du Peuple élu que l'on a surtout voulu voir chez les puritains de Nouvelle-Angleterre, puis chez les Américains en général, sera analysée dans l'œuvre des grands fondateurs de la mythologie du Canada français, mais aussi chez ceux du Canada anglais, afin de détecter les différences entre les deux Canadas mais aussi entre ces deux Canadas et les Etats-Unis. Comment la religion influence-t-elle la perception que les citoyens ont de leur communauté, de leur nation, de leur rôle dans le monde ? La fonction de l'Eglise catholique officielle ayant déjà été longuement analysée dans cette optique nous nous pencherons sur des groupes minoritaires contemporains représentatifs de l'idéologie nationaliste.

La doctrine et les actions des nombreuses communautés au Québec notamment mais pas exclusivement seront analysées pour évaluer leur sacralisation de la " Nation française " (Apôtres de l'Amour infini, Les Bérets blancs…) ou de la " nation anglaise " (United Church…). Il s'agira de mettre en parallèle le discours des groupes religieux actuels qui articulent leur doctrine autour du concept de " Nation élue " avec les communautés des précurseurs de ce concept, lorsque les Églises fonctionnaient en symbiose avec le politique.

Pour faire le lien avec nos études des communautés autochtones, nous étudierons également le problème actuel de l'inculturation du christianisme chez les Premières Nations. Le projet de la " Jérusalem des Terres froides ", de la Nation élue, évoqué plus haut, était censé réaliser la conversion des sauvages. Les travaux du père René Fumeleau, O.M.I., invité du CEC depuis 2001 et seul spécialiste de la Nation Dènè, et de Achiel Peelman, O.M.I., recteur de l'Université Saint Paul de Ottawa (jusqu'en 2000), et grand spécialiste de l'inculturation du christianisme au Canada avec lequel nous sommes en rapport, nous aideront dans ce domaine.

L'équipe travaille déjà en réseau avec les spécialistes des religions à l'Université de Montréal, et également avec les chercheurs de l'Université Laval (Raymond Brodeur, Brigitte Caulier…) Françoise Deroy-Pineau elle-même résidant à Montréal, membre invité du CEC depuis 1999, travaille avec les chercheurs canadiens dans le domaine des ordres et communautés religieuses dont elle est une spécialiste reconnue. Bernadette Rigal-Cellard directrice du CEC est spécialiste de l'interaction entre les nouvelles religions et la culture nord-américaine qui les fait naître, et des religions syncrétiques nées de l'évangélisation des tribus.

 

La recherche s'organisera à partir de séminaires trimestriels regroupant des chercheurs appartenant à différentes disciplines. Ces séminaires auront aussi pour objectif de préparer les colloques internationaux. Durant ces quatre années (2002-2006), l'effort concernant la visibilité des recherches, les publications, l'accueil des chercheurs canadiens, les missions de recherche et les conférences à l'étranger, les contrats de recherche et la vulgarisation scientifique, sera maintenu et si possible accentué.

 


1999-2002

Dossier scientifique

Le Centre d'études canadiennes Michel de Montaigne constitue depuis plus de 20 ans un pôle de relations et de recherches internationales avec le Canada et le Québec, bien identifié, tant en métropole qu'à l'étranger. Premier centre créé en France, il a fondé la revue Études Canadiennes dont le rédacteur en chef a été le Professeur Pierre Guillaume (aujourd'hui professeur émérite) jusqu'en 2001. Le siège de l'Association Française d'Études Canadiennes (AFEC) est fixé à la MSHA (Maison des Sciences de l'Homme d'Aquitaine) sur le campus.

Ce centre reste un des plus importants de France par la diversité de ses composantes disciplinaires, par les thématiques de recherches interdisciplinaires et par ses publications aux PUB et à la MSHA. Le programme 1999-2002 a permis de confirmer cette position en renforçant l'interdisciplinarité et en développant la dimension internationale de la recherche. La visibilité interne et externe du Centre a été accrue par la création d'un site : http://www.cec.montaigne.u-bordeaux.fr

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Déclaration de politique scientifique

Les approches disciplinaires du Centre comme mode de fonctionnement Une des spécificités du Centre vient d'abord de son caractère pluridisciplinaire puisque des membres de six UFR et de l'IUT y sont activement associés. Au total, une vingtaine d'enseignants-chercheurs dont quinze professeurs se sont engagés dans des recherches disciplinaires à partir d'axes thématiques :

    • - L'histoire du Canada et du Québec
    • - Les communautés religieuses
    • - Dynamique des systèmes de représentation dans la littérature
    • - Villes, espaces publics et équipements culturels
    • - Communication et information transatlantiques
    • - Les francophonies minoritaires canadiennes
    • - Le cinéma canadien.

Chaque axe a donné lieu à des séminaires et publications dont les résultats soulignent les apports disciplinaires (cf. bilan quantitatif).

L'interdisciplinarité comme mode de recherches transversales

Le Centre a choisi durant ce quadriennal d'instaurer une perspective interdisciplinaire favorisant les échanges de la communauté scientifique canadianiste. Le thème proposé a été celui de " l'extrême ".

Les chercheurs ont approfondi les différentes formes prises par les phénomènes "extrêmes" dans une société qui a coutume de se penser comme une alternative consensuelle au bruit et à la fureur en provenance des États-Unis et protégée des extrémisme engendrés par le républicanisme qui sévit au sud de la frontière canadienne. Les flambées de terrorisme (au Québec et chez les Amérindiens par exemple), les tensions raciales, les visées politiques qu'incarnent les indépendantismes et séparatismes parcourant l'histoire canadienne (au Québec, à Terre-Neuve, dans les Prairies, en Colombie Britannique), le spectre de la fragmentation du pays, sont autant de domaines de la civilisation canadienne à analyser dans le cadre de cette problématique.

Propre à maintes variations susceptibles de se décliner métaphoriquement, la notion d'extrême a été abordée comme inséparable d'une démesure qui ne saurait laisser indifférents les spécialistes de disciplines aussi variées que la géographie, l'ethnologie, l'histoire, l'histoire des religions ou encore la littérature. Plus que tout autre pays sans doute, le Canada offre, à cet égard, un champ d'investigations privilégié. Ses dimensions, ses rigueurs climatiques, une histoire trouble et troublée, une littérature chtonienne et dionysiaque l'inscrivent dans la sphère de l'excessif, tandis que son abondance et sa libéralité l'autorisent à incarner cette nouvelle terre promise dont rêvent les utopistes du monde entier.

La recherche s'est organisée comme dans le programme quadriennal précédent à partir de séminaires trimestriels regroupant des chercheurs appartenant à différentes disciplines. Ces séminaires ont permis la préparation de colloques internationaux et notamment ceux de décembre 1999 (une quarantaine de participants dont vingt issus des universités canadiennes), de décembre 2001 (même nombre de participants) et d'avril 2001 (plus d'une centaine de participants, dont 95% étrangers). Une action en collaboration avec le CLAN (axé sur les Etats-Unis) porte sur l'étude comparée des nouvelles religions en Amérique du Nord et en Europe.

Les résultats des recherches font l'objet de publications d'ouvrages aux éditions de la MSHA en collaboration avec des éditions canadiennes (notamment avec les Presses de l'Université Laval qui ont déjà participé à des coéditions).

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Bilan quantitatif 1999-2002

Principales publications et communications

La série "Études canadiennes" publiée aux éditions universitaires bordelaises propose une collection d'une vingtaine d'ouvrages de référence dont quatorze vont être édités durant le quadriennal. À cela s'ajoutent 68 articles rédigés par des membres de l'équipe pour des revues et ouvrages scientifiques, et 16 conférences dans des rencontres internationales.

Les activités internationales

Colloques internationaux

La perspective interdisciplinaire s'est concrétisée par des colloques internationaux ouverts aux différentes composantes de l'Université. Classement thématique :

A. Thématique de l'Extrême :

1. Le colloque sur " Les figures de l'extrême au Canada " de décembre 1999 a regroupé 30 participants dont la moitié d'étrangers

2. Le séminaire " Aménager et gérer dans l'urgence " de décembre 1999 a rassemblé 12 chercheurs bordelais et 14 chercheurs de l'INRS Urbanisation de Montréal et de l'UQAM.

3. Le colloque sur " David Cronenberg : un regard extrême " organisé en décembre 2000 par Jean Paul Gabilliet a rassemblé 30 spécialistes de cinéma dont la moitié étrangers. Les actes sont en cours de publication.

4. La deuxième partie du travail sur le thème quadriennal s'est effectuée lors du colloque décembre 2001, "Manifestations plurielles de l'extrême au Canada. "

Pour davantage de cohérence, les actes des deux colloques pluridisciplinaires de décembre 1999 et décembre 2001 seront publiés en 2002 en deux volumes. L'un regroupera les travaux littéraires et artistiques, l'autre les travaux sur les groupes religieux et les partis politiques. Ce deuxième volume contiendra également les travaux sur la religion présentés au congrès d'avril 2001 sur les missions auprès des Amérindiens.

En dehors de ces publications plusieurs chercheurs associés ont publié dans différentes revues internationales des articles portant sur notre thématique de l'extrême, c'est-à-dire sur la Conquête du Canada et l'implantation de missions religieuses par des femmes dès le dix-septième siècle dans des conditions particulièrement " extrêmes ".

B. Opérations conjointes CEC-CREQSS

5. Le colloque " Valeurs de sociétés : Préférences politiques et références culturelles au Canada " co-organisé avec le CREQSS de l'IEP de Bordeaux en février 1999 a rassemblé 14 communications (Publication en coédition PUL de Québec et MSHA en juin 2001). CEC-AFEC

6. Le colloque " Fleuves et identités en France et au Canada " co-organisé par le CEC de Bordeaux et celui d'Angers en septembre 2000 a regroupé 30 communications, les actes seront publiés dans Études canadiennes en 2002. CEC-CLAN : Mythes et Réalités transatlantiques

7. En collaboration avec le CLAN, le CEC a organisé le colloque de février 1999 sur les " Mutations transatlantiques des religions ". Les actes furent publiés en 2000.

8. Le colloque " Expansion, expansionnisme dans le monde transatlantique " a été co-organisé avec le CLAN de Bordeaux 3 en janvier 2001.

9. Le dernière colloque international de cette opération sur le monde transatlantique aura lieu en février 2002. La publication en collaboration (CEC-CLAN) des actes de ces deux derniers colloques paraîtra en 2002.

10. CEC- Association Européenne d'Etudes Amerindiennes Le congrès international de l'Association Européenne d'Etudes Indiennes, organisé par Bernadette Rigal-Cellard, a rassemblé plus d'une centaine d'indianistes, dont 95% étrangers, venus d'Europe et d'Amérique du Nord. La thématique de ce congrès réunissant tous les ans les spécialistes des autochtones d'Amérique du Nord avait été choisie pour coïncider avec le volet religieux de la thématique du quadriennal du CEC, l'entreprise missionnaire en terres indiennes comme aventure extrême. Les grands spécialistes de la question étaient présents, notamment pour le Canada Cornelius Jaenen, spécialiste de l'Eglise en Nouvelle-France et Jan Grabowski, spécialiste des relations entre les Indiens et les Français en Nouvelle-France (tous deux de l'Université de Ottawa), ainsi que William Sturtevant, de la Smithsonian Institution de Washington, D.C., Christian Feest (de Francfort), Colin Taylor (Hastings) spécialistes reconnus des Indiens de l'Amérique du Nord.

11. CEC-Champlain-Montaigne. Le centre a pris une part active dans la création des Rencontres Champlain-Montaigne qui s'inscrivent dans le cadre du jumelage des villes de Bordeaux et de Québec avec la participation de leur région respective. Un protocole d'entente liant les universités, les villes et les régions a été signé à Québec en février 2000 et les premières rencontres auront lieu à Québec et Bordeaux en alternance à partir de 2001. Le thème retenu pour les deux premières rencontres est : " Villes, régions et universités ", le colloque de Québec en octobre 2001 traite des formations universitaires, celui de Bordeaux en octobre 2002 abordera les recherches universitaires. Les actes de ces rencontres sont prévus en co-édition PUL-MSHA.

12. Conventions avec les universités canadiennes Outre des conventions avec de nombreuses universités canadiennes (Université Laval, Université de Montréal, Université du Québec à Montréal, Université Concordia, Université Mémorial, Université de Toronto, Université d'York, Université de Winnipeg) qui s'accompagnent d'échanges d'enseignants, de chercheurs et d'étudiants, le Centre a créé le diplôme universitaire franco-québécois en animation, en partenariat avec l'OFQJ et l'UQAM.

Le Centre participe activement au réseau de l'Association française d'études canadiennes, notamment à l'organisation de ses colloques de recherches annuels (1999 à Toulouse, 2000 à Angers, 2001 à Paris).

Enfin, le Centre est inscrit dans le réseau international des études canadiennes ; il a, à ce titre, accueilli des chercheurs du Canada et des États-Unis, mais aussi des britanniques, belges, suisses, espagnols et chinois lors de ce quadriennal.

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Les contrats de recherche

A. Le Centre est lié à deux contrats de recherches internationaux du Programme initiatives de développement de la recherche, Conseil de recherche en sciences humaines (CRSH) du Canada 2OOO-2002 :

1 - L'impact des activités sportives professionnelles dans les économies urbaines : l'état des lieux sur les outils conceptuels et méthodologiques (en relation avec le Professeur Sylvain Lefebvre, UQAM)

2 - La région, creuset de cohésion sociale (en relation avec le Professeur Paul Villeneuve de Université Laval).

B. D'autres contrats de recherche se poursuivent, notamment :

- avec l'Institut national de la Recherche scientifique (INRS Urbanisation) de Montréal, sur le thème Culture et villes. J.P. Augustin est membre du Groupe de recherches et de prospectives sur les nouveaux territoires urbains de l'INRS Urbanisation.

- avec le module Action et Recherche culturelle de l'Université du Québec à Montréal. La recherche porte sur la formation des acteurs et sur les tendances des pratiques culturelles.

- L'Institut des Sciences de l'Information et de la Communication (ISIC) de Bordeaux III mène une recherche avec le Département d'Information et de Communication de l'Université Laval. Martine Joly et Hugues Hotier pour l'ISIC et Estelle Lebel et Bernard Dagenais pour le DIC sont responsables de ce projet. Ces enseignants collaborent à la revue GREC/O, groupe de recherche en Communication des Organisations, dont les numéros sont dirigés par des enseignants français ou québécois.

Citons encore la coopération de recherche sur la communication établie entre l'IUT Michel de Montaigne et le CEGEP de Jonquières au Québec ; la convention de recherche formulée en 2001 entre l'IUT et l'Université Laval pour la co-réalisation de films autour des rencontres Champlain-Montaigne.

C. Actions conjointes avec le CLAN :

- Action prioritaire internationale financée par le Ministère de l'Education Nationale : Etude comparée du fait religieux en Amérique du Nord et en Europe. Les chercheurs de Bordeaux travaillent en réseau avec les spécialistes américains de la question à l'Université de Californie, Santa Barbara et avec leurs collègues canadiens de l'Université de Montréal.

- Action quadriennale financée par la Région Aquitaine, portant sur les " mythes et réalités transatlantiques. " Le CEC a co-organisé des séminaires internationaux et trois colloques internationaux, en 1999, 2001 et 2002. (voir supra)

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L'information scientifique et la vulgarisation scientifique

- Les membres du CEC sont impliqués dans la revue Études Canadiennes, notamment le professeur Pierre Guillaume qui en assurait la rédaction. - France-Canada : - La directrice du CEC (Bernadette Rigal-Cellard) assure la présidence de l'association régionale France-Canada. Les professeurs canadiens invités et les membres du CEC y proposent au centre ville des conférences une fois par mois sur la société canadienne. Le public est large : membres de l'Association, personnes intéressées et de nombreux étudiants en études canadiennes à Bordeaux 3.

- Une convention a été signée avec le Musée d'Aquitaine autour de l'exposition " Ludovica, histoires de Québec ", et trois conférences par des chercheurs du centre sont programmées à l'automne 2001.

- Les membres participent aussi aux Lundis de la Géographie (conférences sur les villes canadiennes, sur l'immigration, le cinéma, la littérature, le sport canadien...) et au Festival international du film de Pessac où ils animent des débats sur la société canadienne.

- Des manifestations thématiques sur le théâtre, les arts et la littérature sont toujours programmées dans le cadre de l'association CRÉA3 de l'Université.

Au total, le programme quadriennal 1999-2002 poursuit le renforcement des enseignements, des recherches et des publications, il affirme sa capacité à développer un pôle de recherche interdisciplinaire et à multiplier les liens établis entre Bordeaux et le Canada.